Le 15ème jour du mois - Septembre 2017 - 266

Le 15 e jour du mois mensuel de l’Université de Liège 266 septembre 2017 www.ulg.ac.be/le15jour 26 27 www.ulg.ac.be/le15jour septembre 2017 266 mensuel de l’Université de Liège Le 15 e jour du mois Centre hospitalier universitaire Centre hospitalier universitaire Le 15 e jour du mois mensuel de l’Université de Liège 266 septembre 2017 www.ulg.ac.be/le15jour Service communication , place de la République française 41 (bât. 01), 4000 Liège éditeur responsable éric Haubruge Rédactrice en chef Patricia Janssens, tél. 04.366.44.14, courriel le15jour@ulg.ac.be Secrétaire de rédaction Catherine Eeckhout équipe de rédaction Audrey Binet, Julie Delbouille, Henri Deleersnijder, Henri Dupuis, Philippe Lambert, Philippe Lamotte, Fabienne Lorant, Julie Luong, Ariane Luppens, Carine Maillard, Fabrice Terlonge, Frédéric Van Vlodorp Secrétariat, régie publicitaire Marie-Noëlle Chevalier, tél. 04.366.52.18 Mise à jour du site internet Marc-Henri Bawin Maquette et mise en page Jean-Claude Massart (créacom) Impression Snel Grafics Dessin Pierre Kroll E n 1960, l’université de Liège est la seule du pays à enseigner la médecine sans avoir son propre hôpital. La décision d’en implanter un au Sart-Tilman est prise alors qu’il manque, en Belgique, 10 000 lits pour faire face aux demandes. Pourtant, le CHU n’a accueilli ses premiers patients que 25 ans plus tard. Durant les années 1970, d’autres chantiers universitaires se sont imposés à l’État. La décennie suivante fut marquée par la crise des finances publiques. Vinrent, enfin, les aléas liés à la mise en œuvre de la régionalisation. Il a finalement fallu attendre 1987 pour que la loi accorde au CHU une personnalité juridique le séparant de l’uni- versité de Liège. Les relations et échanges entre les deux institutions sont, cependant, constantes. La faculté de Médecine est implan- tée dans le périmètre de l’hôpital depuis 1989. Et, en 2009, le CHU accueillait le Giga dans ses murs, pour permettre le travail commun entre chercheurs stricto sensu et médecins de terrain. Du reste, les médecins du CHU, qui sont aussi les chercheurs et enseignants de l’Université, assurent, au quotidien, le trait d’union. Exemple avec le Pr Pierre Maquet, chef du service de neu- rologie du CHU de Liège (voir page suivante). Un ouvrage sort à l’occasion des 30 ans du CHU et des 200 ans de l’université de Liège. Son titre, La Leçon d’anatomie , se calque sur celui de l’exposition artistique organisée à La Boverie à Liège, cet été, dans le même cadre. Retraçant 500 ans de médecine à Liège, l’ouvrage fait date : plus aucun livre sur l’histoire médicale n’était sorti, chez nous, depuis celui de Marcel Florkin, en 1961. Il lève aussi un coin du voile sur les évolutions surprenantes d’une médecine aujourd’hui en pleine mutation. Geoffrey Schoefs, Fabienne Lorant et Pierre Henrion, La Leçon d’anatomie, 500 ans de médecine à Liège , Nowfuture, Liège, 2017. Pages réalisées par Fabienne Lorant découvriretsoigner ierre Maquet est un spécialiste interna- tional du sommeil et de la mémoire. Sa discipline et les évolutions qu’elle connaît éclairent à souhait l’identité bien spécifique de l’institution trentenaire : pratique cli- nique, recherche et enseignement s’y entrecroisent sans cesse autour du patient. De cette multifonc- tionnalité découlent des diagnostics précis et rapides, des soins très sophistiqués ou des traite- ments innovants. Retour sur trois décennies en (r)évolutions. TROIS MISSIONS INTIMEMENT LIÉES Le Pr Maquet nous accueille entre un échange avec ses étudiants, une course jusqu’au chevet d’un malade dont la situation a posé soudainement pro- blème et les préparatifs d’un colloque. Il achevait sa formation en médecine au moment du déménage- ment de Bavière vers le CHU, alors que l’immense service de médecine interne s’était vu scindé en diverses entités spécialisées. « J’ai été parmi les premiers assistants du Pr Georges Franck, promu chef du nouveau service de neurologie », se sou- vient-il. Le maître, doté d’une véritable vista, confie à ses jeunes recrues des sujets de recherche qui lui semblent prioritaires : à Bernard Sadzot l’épilepsie, Éric Salmon la démence et Pierre Maquet, dernier arrivé, le sommeil. Le Pr Franck est également convaincu de l’apport, pour sa discipline, des tech- nologies de diagnostic par l’image. Le cyclotron de l’ULg, qui produit des marqueurs radioactifs, pour- rait permettre de mener à bien des études fonc- tionnelles du cerveau par scintigraphie. Les jeunes spécialistes partent donc se former à l’étranger. LE BATEAU DE THÉSÉE Pierre Maquet séjourne à Londres à l’hôpital de Hammersmith, où une équipe a mis au point un protocole très performant de mesures du débit sanguin dans le cerveau. Il implémente la méthode à Liège, mène des études sur le sommeil et observe une activité de l’amygdale durant les phases de sommeil paradoxal. Une première mondiale qui lui vaut une publication dans Natur e, en 1996. « Mon patron n’y croyait pas , raconte le médecin. Dès ce moment, les portes s’ouvrent vers des laboratoires où l’excellence fait loi. Pour tenir la distance, il faut se former en permanence à de nouvelles disciplines ou s’adjoindre les spécialistes requis. » L’équipe du centre de recherche du cyclotron s’étoffe, rejointe par des psychologues, physiciens et ingénieurs. Les découvertes et les publications dans des revues internationales se succèdent, dans le chef de ce chercheur et de ses collègues : « Nous avons tou- jours constitué une équipe motivée et soudée. Dès 1998, nous avions réussi à automatiser tous les protocoles, ce qui nous permettait de multiplier les expérimentations. » Au moment où Steven Laureys intègre l’équipe, la technique de l’IRM fonction- nelle est mature. Le FNRS finance alors la pre- mière machine du pays entièrement vouée à la recherche. « Je me suis formé à cette technologie lors d’un second séjour de deux ans à Londres », se souvient Pierre Maquet. Nouveau transfert de technologie vers Liège, nouvelle implémentation de protocoles qui facilitent l’acquisition et l’analyse des données : « Nous avons pu ouvrir les installa- tions, de jour comme de nuit, et en permettre l’accès à d’autres équipes universitaires, notamment aux psychologues. » Les chercheurs s’intéressent à la mémoire, à la relation veille/mémoire/sommeil, à l’hyp- nose, à la régulation veille/sommeil, à l’impact de la lumière bleue, aux rythmes circadiens, au coma, à la conscience, aux maladies d’Alzheimer et de Parkinson... Les approches originales, les thèses de doctorat, tout comme les publications se multiplient au départ des outils et protocoles du CRC. La consultation d’Orbi témoigne de cette vitalité : l’équipe compte, à ce jour, quelque 250 publications, dans des domaines très variés. Cette dynamique attire à Liège nombre de chercheurs étrangers, également séduits par la bonne ambiance de travail. « Un centre de recherche, c’est comme un organisme vivant. C’est le bateau de Thésée renouvelé sans cesse. Si le sous-financement de la recherche en Belgique fait fuir les cerveaux, ce qui les décide à rester ou à revenir, c’est que nous offrons un cadre de travail performant et coopératif », affirme Pierre Maquet. LA MONDIALISATION DES SOINS Devenu, à son tour, chef de service au CHU, Pierre Maquet s’est mis en retrait du cyclotron pour se consacrer, notamment, à ses étudiants. « En médecine, les connaissances évoluent très vite et la matière à assimiler est très dense. Cependant, la pratique en salle est essentielle pour les futurs praticiens. Face au patient, tout médecin doit être à même d’interpréter ce qu’il voit et entend le plus finement et le plus rapidement possible. La neurolo- gie, qui offre une sémiologie particulièrement riche, me permet de convaincre les étudiants que voir des patients les aide aussi à maîtriser plus facilement les aspects théoriques de la neurologie. » Le professeur réalise également des vidéos exposant des cas, afin que ses étudiants s’exercent à poser, hypothèse après hypothèse, le bon diagnostic. Il s’étonne du peu d’attrait qu’ils semblent avoir pour les langues et l’informatique, matières qui, il est vrai, ne sont pas au programme déjà très chargé de leurs cours : « Il faut être conscient que, d’ici peu, la médecine se pratiquera couramment par smartphone et autres technologies interposées. Le généraliste filmera son patient, et les distances qui le séparent de l’hyperspé- cialiste s’en trouveront abolies. Le praticien devra se familiariser avec l’intelligence artificielle, les robots, les bases de données . » LE MÉDECIN 2.0 « En 30 ans, nos moyens de diagnostic ont décu- plé. Mais, aujourd’hui, tout va de plus en plus vite », commente le médecin. Les techniques de communication bouleversent complètement les paradigmes actuels : « Le patient sera adressé non plus à l’hôpital le plus proche géographiquement, mais à la meilleure équipe. Nous ne serons plus un hôpital liégeois ni même wallon ou belge. Nous devons devenir un hôpital européen, hyperspécialisé dans certains domaines. Autrement, nous serons relégués au rang d’hôpital de proximité . » Pour Pierre Maquet, l’hôpital universitaire de Liège dispose d’atouts pour se hisser au rang des meil- leurs d’Europe : « Incontestablement, nous avons des points forts et un environnement scientifique de haute qualité dans certains domaines. Il est essentiel également de promouvoir la recherche clinique et les publications scientifiques qui constituent la référence pour se faire connaître. Grâce au dossier médical informatisé, l’exploitation statistique des données devrait nous permettre de nous comparer aux stan- dards internationaux. » La semaine prochaine, un patient lui arrivera tout droit d’Espagne. Son équipe, en effet, figure parmi les rares en Europe à pouvoir détecter les dépôts cérébraux de la protéine tau par tomographie à émission de positons. Mais les neurologues 2.0 débarquent aussi virtuellement dans tous les services d’urgence : le diagnostic à distance d’un AVC, par caméra interposée, est déjà une réalité. L’effervescence desneurosciences visualiser Laconscience Le Dr Steven Laureys avait intégré l’équipe de Pierre Maquet en 1999 pour se consacrer au coma. Il a reçu, en juin dernier, la récompense scientifique belge la plus prestigieuse, le prix Francqui. Sur sa lancée, il annonce la création du Giga- Consciousness, une nouvelle unité thématique au sein du centre interdisciplinaire de recherches biomédicales commun à l’ULiège et au CHU. « Le Giga, c’est à la fois formidable et indispensable , s’enthousiasme Steven Laureys. D’une part, parce que recherche et clinique sont indissociables l’une de l’autre : la plateforme translationnelle Giga est un bolide qui circule constamment entre le laboratoire de recherche et le chevet du patient. D’autre part, il est très important de créer des synergies horizontales : lorsque l’Université et l’hôpital mettent en commun leurs potentiels, l’ensemble est plus fort et plus attractif. » Il y a quelques années, la science était muette à propos de la conscience, et les médecins démunis devant des patients murés, en quelque sorte, en eux-mêmes mais cependant parfois conscients. Aujourd’hui, les outils de neuro-imagerie assortis de protocoles offrent l’opportu- nité de visualiser l’activité consciente du cerveau et les travaux du Dr Laureys ont permis d’affiner considérablement les diagnostics dans ces situations tragiques. Ce qui a valu au Coma Science Group une reconnaissance internationale. Mais, pour le lauréat, le prix Francqui couronne avant tout une équipe et un art de faire, prônant le travail collectif, le partage des connaissances et des équipements, l’échange entre cliniciens et chercheurs, ceci au bénéfice des malades ou des blessés : « Je suis un scientifique mais je pense souvent que “un plus un” peut faire dix », commente-t-il. Progressivement, le mystère de la conscience est mis au jour. « Nous avons observé qu’il n’y a pas une conscience mais plusieurs , explique-t-il. Deux réseaux différents, et même peut-être plus, coexistent. Un premier réagit en écho à nos perceptions sen- sorielles. Un autre s’active indépendamment de ces stimuli : c’est notre petite voix intérieure, notre imaginaire qui est à l’œuvre. » L’hypnose, appliquée de longue date au CHU de Liège dans des interventions chirurgicales et dans le traitement de dou- leurs, illustre bien la puissance qu’a l’esprit sur le corps et les facultés étonnantes de notre cerveau. Les travaux d’Audrey Vanhaudenhuyse sur les processus neuronaux durant l’hypnose, ainsi que ceux de Vincent Bonhomme sur les effets de l’anes- thésie convergeaient avec ceux du Coma Science Group. Les chercheurs mettent désormais leurs activités en commun au sein d’une seule et même cellule : le Giga- Consciousness. L’équipe, qui compte à présent plus de 40 membres et 22 doctorants de huit pays différents, n’en reste pas à ces activités : le Giga-Consciousness continue à collecter les témoignages de personnes ayant vécu une expérience de mort imminente et lance ici un appel aux membres de la communauté universitaire qui auraient connu cette situation. * www.giga.ulg.ac.be ULiège-M.Houet ULiège-M.Houet

RkJQdWJsaXNoZXIy MTk1ODY=