Le 15ème jour du mois - Septembre 2017 - 266

Le 15 e jour du mois mensuel de l’Université de Liège 266 septembre 2017 www.ulg.ac.be/le15jour 4 5 www.ulg.ac.be/le15jour septembre 2017 266 mensuel de l’Université de Liège Le 15 e jour du mois philosophie et lettres philosophie et lettres L a faculté de Philosophie et Lettres est née en même temps que l’Academia Leodiensis le 25 septembre 1817, ainsi que les facultés de Droit, de Sciences et de Médecine. Les cours se donnaient à l’origine en latin. Les premières années sont un peu difficiles puisque, au lendemain de la Révolution belge, le gouver- nement provisoire décide de “raboter” les universités créées par Guillaume d’Orange, l’objectif étant de ne garder qu’une seule université d’état pour toute la Belgique. L’université de Liège, pour sa part, perd sa faculté de Philosophie et Lettres. Dans chaque institution, des “Facultés libres” fleurissent immédiatement pour compenser les pertes et, en janvier 1831, les responsables poli- tiques liégeois se mobilisent : le bras de fer tourne en partie à l’avantage des universités. En 1847, il revient à la faculté de Philosophie et Lettres de mettre en place un enseignement normal pédagogique pour les Humanités (il s’agissait de former les futurs enseignants). En 1890, le Pr Maurice Wilmotte initia les premiers enseignements de la filière de philologie romane, créée avec quatre autres : philosophie, histoire, philologie classique, philologie germanique. Désormais, la Faculté est considé- rée comme une Faculté à part entière, et non plus comme une étape obligée dans les études de droit notamment, comme c’était le cas auparavant. En 1910, l’Institut supérieur d’histoire de l’Art et d’Archéologie est créé (il intégrera la musicologie en 1969) et, en 1922, c’est au tour de celui d’Histoire et de Littérature orientales. Deux instituts qui seront absorbés par la Faculté en 1970. Pages réalisées par Patricia Janssens Marie Delcourt (1891-1979) résister etmiliter À l’époque, aucun lycée ne préparait les jeunes filles aux études supérieures : Marie Delcourt présente les examens du jury cen- tral et entre à l’université de Liège en 1911. Elle obtient le grade de docteur en philologie classique après la guerre de 1914, qui l’a vue s’illustrer dans la résistance. Tout en menant une car- rière de professeur de grec au lycée de Waha, elle milite pour le développement de l’enseignement à destination des jeunes filles, pour le droit des femmes au suffrage et leur droit au travail. Cette implication dans la vie de la cité ne l’empêche pas de poursuivre assidûment ses recherches. Son intérêt pour l’his- toire de l’humanisme se traduit par la création d’un cours libre du même nom, qui inaugure en quelque sorte l’école liégeoise sur ce thème. Elle devient la première femme chargée de cours à l’ULg, est nommée professeur ordinaire en 1942 et admise à l’éméritat en 1961. Trois domaines caractérisent son œuvre : les grandes tra- ductions (dont les tragédies d’Euripide et la correspondance d’Érasme), les biographies (Eschyle, Périclès, Euripide, Érasme, Thomas More), la religion et les mythes des Grecs (l’oracle de Delphes, Héphaïstos, Œdipe, Hermaphrodite, etc.). * 200.ulg.ac.be/famous Où sont les femmes? La féminisation à l’université de Liège Textes réunis par Juliette Dor, Claire Gavray, Marie-Élisabeth Henneau et Martine Jaminon, Les Presses universitaires de Liège, Liège, septembre 2017. Table ronde le lundi 20 novembre à 18h30 salle Bovy, complexe Opéra, place de la République française 41, 4000 Liège. éalité virtuelle. Oxymore ou néolo- gisme ? La question mérite d’être posée tant les deux mots accolés ont un petit parfum surréaliste… Et pourtant, la réa- lité virtuelle, c’est du concret ! Grâce à un casque fixé fermement devant les yeux – et le truchement d’un matériel high tech aujourd’hui moins onéreux –, l’immersion dans un monde simulé est immédiate. Trompeuse, notre vue nous exclut ponctuellement de notre bureau et nous emmène, par exemple, dans les rues de Tokyo que l’on peut parcourir ad libi- tum …La perte des repères réels quasi instantanée. « La réalité virtuelle définit un monde numérique dans lequel l’utilisateur est plongé tout en interagissant », explique Björn-Olav Dozo, directeur du Centre d’in- formatique de Philosophie et Lettres (CIPL) et coor- dinateur du Liège Game Lab en faculté de Philosophie et Lettres. Ce qui la différencie de la “réalité augmen- tée”, qui inclut des éléments virtuels dans une réalité filmée – à l’instar de Pokémon Go, par exemple –, une technique dont les musées se sont emparés avec enthousiasme pour redonner vie aux tapisseries et autres tableaux. POLYVALENCE DE L’OUTIL Aujourd’hui, Björn-Olav Dozo est, avec d’autres collègues, à l’initiative d’un projet interfacultaire* soutenu par le premier vice-recteur Éric Haubruge, visant à insérer la réalité virtuelle dans l’enseigne- ment des sciences humaines. Le Liège Game Lab s’intéresse à la réalité virtuelle, sur trois points principaux : la numérisation du corps (lorsque nos mains pourront être efficientes dans l’envi- ronnement virtuel, l’interaction avec l’ensemble sera maximale), la sociabilité (comment partager un même univers virtuel ?) et l’immersion (quelles conséquences a-t-elle pour l’utilisateur ?). « Notre ambition est d’affiner les dispositifs pour tous les emplois, reprend Björn-Olav Dozo. Bien des appré- hensions sont encore liées à cet outil et nous devons les entendre afin de pouvoir les insérer dans le cursus d’enseignement. » Réaliser un prototype constitue donc, pour l’heure, l’objectif premier. Cette initiative n’est pas née ex nihilo . Au sein du Game Lab de l’université de Liège, plusieurs cher- cheurs étudient les jeux vidéo comme un média à part entière. « C’est en quelque sorte un laboratoire pour approcher la réalité virtuelle et comprendre le phénomène d’immersion, expose le chercheur . Une des grandes innovations est la roomscale , soit la capacité d’inclure la position du corps physique dans l’espace virtuel. » Ce qui change tout. L’avenir de la réalité virtuelle déborde maintenant le jeu vidéo et se dessine dans le monde de l’édu- cation, de la formation. « Se promener dans un château fort du X e siècle, c’est en comprendre les usages et en percevoir les contraintes architecturales. L’expérience devient presque physique. » En Belgique, voire en Europe, l’université de Liège est à la pointe dans ce tout nouveau domaine de recherche. Déjà HEC Liège réfléchit à son applica- tion marketing, la faculté de Médecine s’engage dans des cours de simulation pour chirurgiens et celle de Psychologie utilise un programme ad hoc pour trai- ter les phobies ou les chocs post-traumatiques. DIGITAL LAB Preuve de l’intérêt croissant pour la réalité vir- tuelle, un “Digital Lab” verra bientôt le jour à Liège, rue des Croisiers (avant de déménager sur le site de Bavière). « L’initiative de la province de Liège entend familiariser les étudiants et le grand public à l’usage de ces technologies, poursuit Björn-Olav Dozo, coordinateur du projet . Nous travaillerons en partenariat avec le département culture de la Province, laquelle mettra le matériel à disposi- tion, tandis que nous partagerons notre expertise. L’ambition est de sensibiliser le public à une nouvelle technologie pour faire naître de nouveaux usages, de nouvelles exploitations. » Et, pourquoi pas, aboutir à de futures spin-offs. * Il associe également la faculté de Psychologie, Logopédie et Sciences de l’éducation, la faculté des Sciences et HEC Liège. modernité desdisciplines Transitions Unité de recherche de la faculté de Philosophie et Lettres, Transitions observe les mutations que vit l’Europe de l’an mil jusque 1650 environ. Multidisciplinaire et volontiers interdisciplinaire, son regard scientifique envisage de façon organique les productions et les idées de la fin de la période médiévale à l’époque moderne. Reconnue notamment pour son expertise en histoire du livre, Transitions a ainsi conçu – entre autres projets – Arm@rium qui propose une présentation scientifique de certains artéfacts numérisés dans Donum. Le premier livre d’une nouvelle collection “Transitions”, à paraître aux éditions parisiennes Picard, sortira en octobre : Arts et artistes du Nord à la cour de François I er . Cet ouvrage, sous la direction de Laure Fagnart et d’Isabelle Lecocq, est en lien avec l’exposition organisée au Louvre à propos du roi de France et de l’art des Pays-Bas. Donum Donner une visibilité aux collections numérisées de l’université de Liège, accessibles en Open Access, tel est l’objectif du portail “Donum” développé par le réseau des Bibliothèques. Manuscrits, affiches, photographies, objets, enregistrements : tout ce qui a eu une existence propre avant d’être numérisé peut y être déposé. Pour l’instant, ces étagères virtuelles comptent un peu plus de 2500 objets numériques, soit plus de 3000 fichiers. Une goutte d’eau sans doute par rapport aux ressources disponibles, mais Donum a toujours pour objectif de s’élargir à de nouvelles collections : donum.ulg.ac.be CHAIRE WILLEM ALEXANDER joep Leerssen À l’initiative de l’Ambassade des Pays-Bas, une chaire du roi Willem Alexander pour l’étude des Pays-Bas vient d’être créée au sein du département de langues et littératures modernes. L’occasion d’inviter – pendant dix ans – des personnalités aca- démiques néerlandaises de premier plan. Joep Leerssen ouvrira le bal. Professeur à l’uni- versité d’Amsterdam, il s’est spécialisé dans les “European studies”. « C’est une discipline qui com- bine histoire des idées politiques, histoire culturelle et sources littéraires », explique Kim Andringa, titulaire de la chaire (2017-2027). Le Pr Leerssen est l’auteur de nombreuses publications traitant des stéréotypes nationaux et des liens entre litté- rature, conscience historique et nationalisme . Il dirige par ailleurs les collections European Studies, Studia Imagologica et Comparative Critical Studies. À noter que le Pr Leerssen fait partie des 14 “profes- seurs en résidence” de l’université de Liège désignés à l’occasion du bicentenaire. • Table ronde “Le Royaume (dés)Uni. Les Pays-Bas entre 1815 et 1830” et visite de l’exposition éponyme du photographe Michiel Hendryckx (jusqu’au 4 novembre), le jeudi 5 octobre à 18h, à la Cité Miroir, place Xavier Neujean, 4000 Liège. • Colloque “Entre union et morcellement : langue, culture et politique au Royaume Uni des Pays-Bas”, le vendredi 6 octobre à 9h, et leçon inaugurale “De nationalisering van taal”, à 16h30, à la salle académique, place du 20-Août 7, 4000 Liège. * http://events.ulg.ac.be/chaire-willem-alexander Game Lab DUJEUÀL’ENSEIGNEMENt Vous faites des études en philosophie ou en lan- gues et littératures romanes et l’enseignement ne vous attire pas ? La nouvelle finalité “Analyse et création de savoirs critiques” au sein du master est faite pour vous. INGÉNIERIE CULTURELLE « Un nombre croissant d’étudiants de master s’interrogent sur les débouchés en dehors de l’en- seignement , explique Grégory Cormann, chef de travaux au département de philosophie. Notre proposition vise donc à élargir leurs horizons pro- fessionnels. » La nouvelle spécialisation – qui comporte 30 crédits – a l’ambition de permettre aux étu- diants de mobiliser les savoirs universitaires en contexte de crise, c’est-à-dire lorsqu’ils sont eux- mêmes remis en question en tant que savoirs allant de soi. « Cette finalité se situe à l’inter- section entre l’activité théorique et les pratiques créatives par lesquelles cette activité se confronte à d’autres enjeux (économiques, politiques, culturels, etc.) , complète François Provenzano, chargé de cours au département de langues et lettres françaises et romanes. Il s’agit de donner aux étudiants des compétences pour s’inscrire dans des milieux professionnels variés tout en questionnant le fonctionnement, les valeurs, les missions de ces milieux. » Le pari ? Mettre en avant les compétences des sciences humaines, des savoirs et savoir-faire liés aux humanités. « Les ASBL, singulièrement, recherchent des colla- borateurs critiques capables de dégager des lignes de force pour leur activité. Elles ont besoin de profils capables de synthétiser les opinions émises, parfois contradictoires, afin d’élaborer des straté- gies cohérentes et en accord avec leurs valeurs », reprend Grégory Cormann. Confiés à deux duos de philosophes-roma- nistes, les cours ont pour objectif de tisser une trame entre les savoirs théoriques et leur mise en œuvre pratique. Le premier, intitulé “Écriture de création et de production de savoirs”, envisage les stratégies d’écriture, et le second, “Internet et sciences humaines : théorie, usage et créa- tion” s’intéressera aux relations entre les dispo- sitifs numériques et les sciences humaines. Deux séminaires, portant les noms de “Théories et pratiques de l’enquête” et “Humanités et actua- lités”, complèteront la nouvelle formule en plon- geant les étudiants au plus près de questions en débat. ÉTUDE DE CAS « Les étudiants devront également faire un stage auprès d’organismes partenaires , annonce François Provenzano. Ils auront pour mission de réaliser une enquête et de concevoir l’exposé des résultats aux com- manditaires. » La Cité Miroir et les ASBL Barricade, les Grignoux, Kultura, etc., se sont déjàmontrées inté- ressées par des stagiaires de cette nature. * www.ulg.ac.be/philo-formation-repensee Savoirs critiques ULiège-M. Houet F. Denoël

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