Mai 2013 /224

Appréhender le monde contemporain

MSHL’ULg vient de se doter d’une “Maison des sciences de l’homme” (MSH) dont l’objectif est de promouvoir la richesse et le regard des sciences dites “humaines” et ainsi favoriser l’implication des chercheurs dans notre société. « Contribuer à la compréhension des évolutions de notre monde, mettre en synergie les disciplines relevant de l’homme sur des questions fondamentales avec une large ouverture d’esprit et une grande rigueur, telles pourraient être résumées les missions prioritaires d’une Maison des sciences de l’homme », expose Didier Vrancken, doyen de l’Institut des sciences humaines et sociales et codirecteur de la nouvelle MSH.

Agora

C’est à partir d’un double constat que l’idée est née : d’une part, l’Université est très fréquemment sollicitée pour son expertise et, d’autre part, elle était jusqu’à présent dépourvue d’une structure adéquate pour organiser ou accueillir des débats et mettre les savoirs universitaires à l’épreuve de la cité.

Dans un monde de plus en plus ouvert, où les relations prennent la forme de réseaux, le milieu socio-culturel liégeois, très dense, interroge fréquemment l’Université pour des informations, des connaissances, voire des repères. La MSH se présente désormais en son au sein, comme un interlocuteur privilégié pour le tissu associatif liégeois. « Afin de répondre à ces multiples requêtes qui constituent autant d’occasions de porter la pensée universitaire extra muros, il nous a paru nécessaire de créer une “coupole”. De quoi fédérer ainsi les initiatives », poursuit le Doyen.

Réactive, la MSH entend également être proactive. A l’image de la “Journée de l’éveil citoyen” – en soutien aux travailleurs d’Arcelor Mittal du 7 décembre 2011 organisée à l’initiative du Recteur –, elle veut être en phase avec les événements qui font l’actualité. Rachel Brahy, coordinatrice scientifique de la MSH, illustre ce principe : « Par exemple, lors de l’attentat de la place Saint-Lambert, des débats de fonds auraient pu être menés, au départ de l’Université, sur le traitement médiatique accordé aux faits, sur la circulation des armes ou encore sur le sentiment de vivre dans une société où les risques se multiplient, etc. » Et de poursuivre : « Soutenue par une réflexion argumentée, l’actualité – aussi tragique soit-elle – offre un cadre pour l’organisation de débats, la confrontation d’expériences et l’exercice de la citoyenneté. » Entre autres exemples évoqués, le projet du tram à Liège pourrait également constituer un thème de réflexion intéressant. « Informer, confronter les idées, déceler les oppositions, éprouver les différends, tels sont aussi les objectifs de la MSH », rappelle Didier Vrancken.

Selon les voeux des autorités, la Maison des sciences de l’homme de l’ULg doit pouvoir offrir un lieu de résonance aux questions qui traversent et préoccupent la cité. A la différence de ses grandes soeurs françaises, cette nouvelle entité (avalisée par le conseil d’administration du 20 mars dernier) n’est pas un centre de recherches : elle a l’ambition de favoriser les échanges entre les chercheurs et la société civile. Et, de façon corollaire, de lutter contre un certain conformisme, voire un certain dogmatisme.

Pour Didier Vrancken, la MSH de l’ULg doit s’engager concrètement dans la cité. Elle participera à la diffusion des savoirs, répondra aux demandes de la cité, organisera des débats et des événements autour d’un axe principal, celui du “vivre ensemble” et ce grâce à la mise au jour d’enjeux sociétaux et/ou éthiques. Ceci implique particulièrement les juristes, sociologues, psychologues, architectes, économistes, philosophes, etc., sans négliger le concours des “sciences exactes” et des techniques à travers le prisme de leur implication dans la société.

Diffuser, relier, équilibrer

DebatLe projet Verdir, démarche citoyenne et solidaire, constitue très clairement un exemple de terrain d’action pour la MSH. « Il s’agit de penser concrètement l’avenir économique de notre région, fait remarquer Didier Vrancken. Notre expertise – celle des sociologues, des psychologues, des urbanistes, des juristes – pourrait être utile pour répondre aux questions des riverains, attirer l’attention sur les éventuels écueils, faire travailler ensemble les protagonistes, relever les conflits possibles, etc. » On voit concrètement, à travers cet exemple, comment des experts agronomes, ingénieurs et urbanistes pourraient entrer en dialogue avec des citoyens. Ainsi, la MSH ne viserait pas prioritairement la production de recherches spécifiques mais chercherait davantage, comme le précise encore Didier Vrancken, à « relier, mettre en débats, permettre aux frictions continues entre innovation et société de s’exprimer ».

Le travail de la MSH est donc à la fois un service offert à la société et un outil de valorisation de ce qui est produit et enseigné à l’ULg. « Nous organiserons des débats dans nos murs et à l’extérieur, reprend Rachel Brahy. L’objectif est aussi de participer aux événements de nos partenaires (Mnema, Grignoux, les syndicats, le Conservatoire royal de Liège, etc.), de générer des activités avec les Hautes Ecoles et les classes de rhétoriciens, etc. »

Actuellement, la programmation 2013-2014 est en cours d’élaboration. Deux activités sont déjà prévues. Le 6 juin à 18h30, à la librairie le Livre aux trésors, aura lieu une rencontre1 avec Marco Martiniello autour de son dernier ouvrage Penser l’ethnicité, en partenariat avec le Centre régional pour l’intégration des personnes étrangères ou d’origine étrangère de Liège (Cripel). Le 13 juin à 18h, au musée de la vie wallonne se tiendra un débat2 en collaboration avec Liège Creative, sur le sujet de la flexibilité des carrières. « Virginie Xhauflair, post-doctorante au CES et longtemps chercheuse au Lentic, et l’ASBL Smartbe, association professionnelle des métiers de la création, évoqueront les nouvelles réalités du travail à travers le prisme du concept de “flex-sécurité” et l’exemple des carrières d’artistes », annonce Rachel Brahy. De quoi plonger au coeur d’une réflexion qui nous concerne tous : comment concilier flexibilité et sécurité d’emploi ?

Le point de vue du Recteur

« Pour moi, l’université est d’abord une institution de recherche, en particulier de recherche fondamentale. Mais l’ULg – publique, pluraliste et complète – entend aussi s’investir dans la société. Non seulement elle doit informer le public des résultats de ses recherches, mais elle doit aussi les valoriser. Dans le domaine des sciences exactes, les spin-offs traduisent, à l’évidence, une idée de laboratoire en produit sur le marché. Pour les sciences humaines au sens large, l’implication dans la société est moins obvie (même s’il existe aussi des spin-offs en sciences humaines)… alors qu’elle est essentielle. Or, aucune structure universitaire n’est aujourd’hui spécifiquement consacrée à la prise en compte des attentes et des questionnements de la société civile, notamment en ce qui concerne les enjeux sociétaux et les questions éthiques.

La Maison des sciences de l’homme doit constituer ce lieu où les questions d’actualité peuvent être débattues grâce à l’expertise des chercheurs et à l’expérience des différents acteurs de terrain. Dans une perspective citoyenne, la MSH doit, à mon sens, s’imposer comme un lieu de questionnement sur les innovations, leur application et leur utilité sociale. »

Patricia Janssens
Photos : En Une et ci-dessus © J.-L. Wertz, page précédente © S. Brahy

1 Inscriptions : tél. 04.250.38.46, courriel livreauxtresors@skynet.be

2 Inscriptions sur le site www.liegecreative.be

La MSH est co-dirigée par le Pr Didier Vrancken, Jérôme Jamin, chargé de cours en science politique et administrateur des Presses universitaires de Liège, et Annick Comblain, directrice du département des relations extérieures et communication.

Le site web de la MSH sera en ligne dès la rentrée prochaine : www.msh.ulg.ac.be

Contacts : tél. 04.366.56.95, courriel msh@ulg.ac.be

Imprimer | printer PDF | printer Envoi par Courriel |
|
Egalement dans le n°265
Nicolas Javaux, master en langues et littératures romanes et françaises
Nouveau master en Sciences appliquées
Un procédé chimique révolutionnaire
Un manque de respect pour les malades mentaux
La 3D au service de l’histoire