Février 2015 /241

Bon pied bon oeil

Phasya, une spin-off qui vous empêchera de vous endormir au volant

On estime que, sur nos routes, 20 à 30% des accidents sont dus à la somnolence. Celle-ci serait même devenue la première cause de mortalité sur autoroute dans certains pays, comme la France. Dormir ou conduire, il faut donc choisir !

Vigilance en éveil

PhasyaLes facteurs à l’origine de la somnolence ont été bien identifiés. Les deux principaux sont la pression homéostatique exprimant le besoin de sommeil et les rythmes circadiens. Ainsi, les capacités physiques et mentales d’un conducteur éveillé depuis plus de 17 heures sont érodées de façon équivalente à celles d’un individu ayant 0,5 gramme d’alcool par litre de sang. De même, conduire de nuit entre 2 et 5h du matin, par exemple, multiplierait par 6,7 le risque d’accident. Un autre élément important est le syndrome de somnolence diurne excessive (SDE) : 6 à 11% de la population souffre d’une tendance naturelle à s’endormir durant la journée. Autres facteurs de risque : la monotonie du trajet, la prise d’alcool, de drogue ou de certains médicaments, une alimentation lourde ou riche en glucides, la chaleur ou le froid à l’intérieur du véhicule, etc.
Hormis une action sur les facteurs de risque, le seul antidote efficace contre un accès de somnolence survenant sur la route est le repos. Mais encore faut-il que le conducteur soit pleinement conscient de son état. D’où l’intérêt de développer des dispositifs capables d’estimer en permanence l’évolution de la vigilance.
Il en existe plusieurs sur le marché. Certains sont basés sur le comportement du véhicule et d’autres sur le comportement du conducteur. Mais tous ont des faiblesses. De plus, étant spécifiques à la conduite, ils ne sont pas transposables à d’autres domaines où la somnolence est un facteur de risque. En aviation et dans les centres de contrôle d’installations industrielles, par exemple. S’il veut être fiable et universel, un système de monitoring de la somnolence en temps réel doit nécessairement se baser sur la physiologie.
Parmi les systèmes de ce type, l’un des plus prometteurs a été conçu à l’ULg par l’équipe du Pr Jacques Verly, au sein du laboratoire d’exploitation des signaux et des images (Intelsig) du département d’électricité, électronique et informatique (Institut Montefiore), en collaboration avec d’autres laboratoires de l’ULg (Cetes, Hololab et Lecit), l’Isil et UMons. Il fait appel à une caméra infrarouge intégrée à une paire de lunettes. Un oeil est filmé en permanence à haute vitesse. Les images recueillies sont alors traitées automatiquement par des algorithmes permettant d’extraire des paramètres oculaires pertinents et d’en déduire le niveau desomnolence ou de vigilance du sujet.Ces travaux ont servi de terreau à la création d’une spin-off de l’ULg, Phasya, en décembre 2014, dont les chevilles ouvrières sont le Pr Jacques Verly ainsi que les chercheurs Clémentine François et Jérôme Wertz, d’Intelsig.

Lunettes de somnolence

La recherche en caractérisation et monitoring de la somnolence/vigilance continue avec force à l’ULg. Divers chercheurs, dont cinq doctorants Intelsig, y prennent part. Leur travail porte sur des systèmes portés – “lunettes de somnolence” – et des systèmes à distance (par exemple, intégrés à un tableau de bord). Les performances des lunettes sont progressivement renforcées par Phasya et l’Institut Montefiore, notamment pour qu’elles puissent être utilisées par des personnes portant déjà des lunettes, avec des morphologies variées ou avec des paupières maquillées.
La somnolence constitue un facteur considérable d’accidents non seulement pour la conduite automobile, mais aussi dans tous les types de transports (ferroviaire, maritime, aérien et spatial), ainsi que dans la surveillance de processus industriels à haut risque. La technologie made in ULg a le potentiel de sauver de nombreuse vies humaines partout dans le monde.


Informations sur www.phasya.com

Philippe Lambert
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