Mars 2016 /252

Fonds Rousseau-Weissenbruch

Les collections patrimoniales s’enrichissent

Il va évidemment de soi que les universités sont des centres de recherche et de transmission de connaissances. On sait peut-être moins qu’elles constituent aussi d’immenses réceptacles de fonds d’archives diverses ou de documents les plus variés. Celui que l’ULg et son réseau de bibliothèques viennent de recevoir se distingue par sa richesse historique. « Un exceptionnel filon, qui va incessamment être mis à la disposition des chercheurs », se réjouit Paul Thirion, directeur général du réseau des bibliothèques de l’Université.

FondsWeissenbruch.Pensez donc. La donation qui vient d’être faite à notre Institution émane de la famille de Weissenbruch, laquelle a pris la succession d’une société d’édition et d’imprimerie créée à Liège au XVIIIe siècle. Tout commence, en 1755, avec l’installation de Pierre Rousseau dans la cité principautaire. Ce Français originaire de Toulouse y trouve un milieu favorable à l’esprit des Lumières, soutenu par les comtes de Horion, l’un premier ministre du prince-évêque et l’autre grand mayeur de Liège, ce qui lui permet de publier à partir de 1756 le Journal Encyclopédique. « Il s’agit d’une édition bimensuelle diffusant des nouvelles liées à l’actualité, ainsi que des extraits d’ouvrages imprimés en Europe, signale Cécile Oger, conservateur, chargée de dépouiller et de classer le contenu des 95 caisses du legs. Rousseau assurera cette tâche avec l’aide de son beau-frère Charles-Auguste Weissenbruch. »

En 1759, à la suite de plaintes déposées par le clergé liégeois, la maison d’édition se réfugie à Bouillon, possession de la famille de la Tour d’Auvergne située en-dehors de la principauté, mais dont la proximité avec la France présente bien des avantages. Après le décès de son fondateur en 1785, l’imprimerie est reprise par sa veuve et son beau-frère Charles-Auguste Weissenbruch. La Révolution met fin aux activités de l’entreprise qui émigre à Bruxelles en 1795 où elle se concentre désormais sur les seuls travaux d’impression : voilà donc Charles-Auguste devenu imprimeur officiel de la préfecture sous le régime français, puis imprimeur du roi Guillaume d’Orange durant la période hollandaise, titre qui sera reconduit après l’indépendance de la Belgique. Après sa disparition en 1826, c’est alors son fils qui dirige la société, laquelle restera familiale jusqu’à la cessation de ses activités au début des années 2000.

« Impression du Bulletin Officiel des arrêtés royaux, de beaux livres, de publicités, de rapports de groupes industriels et grandes entreprises, d’éditions musicales, etc., jusqu’au papier à en-tête de feu la reine Fabiola, la diversité des productions de la société Weissenbruch née dans nos régions est colossale », explique Cécile Oger. Qui poursuit : « Les caisses regorgent aussi de quantités de photos, en plus de correspondances au sein desquelles figurent notamment des lettres manuscrites de Voltaire et d’Alembert. Excusez du peu... » C’est dire combien est grand l’intérêt intellectuel que revêt un tel trésor. Une mine pour les chercheurs de l’ULg… et les autres !

« Nous sommes très fiers que les donateurs aient choisi l’université de Liège pour en être dépositaire, avoue Paul Thirion. Il convient maintenant d’en numériser toutes les pièces, tâche dont va s’occuper l’historienne Stéphanie Simon. Car notre philosophie, arrimée à l’Open Access, c’est l’ouverture d’un tel fonds à destination de quiconque veut en profiter au meilleur sens du terme et dans l’optique de futurs travaux. » Comme quoi, les technologies les plus pointues peuvent utilement se mettre au service de la tâche prioritaire des établissements universitaires : être des passeurs de savoirs.


Henri Deleersnijder
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