December 2016 /259

Saint-Jacques

Un ouvrage en l’honneur des mille ans de l’abbaye

StJacquesL’église Saint-Jacques à Liège est sans conteste un chef-d’œuvre de l’architecture du XVIe siècle au nord des Alpes. Fondée vers 1015 sous le règne du prince-évêque Baldéric II, successeur de Notger, en même temps que l’abbaye bénédictine dont elle constituait l’abbatiale, elle subit, à l’instar de ses homologues de la cité principautaire, bon nombre de vicissitudes au fil des ans. Jugez plutôt.

À l’édifice mosan primitif, typiquement ottonien, succéda la construction actuelle, achevée en 1538. Sous le règne de l’empereur Joseph II, en 1785, l’église est sécularisée et transformée en collégiale pour 25 chanoines. Au XIXe siècle, après avoir retrouvé une fonction cultuelle paroissiale, elle est restaurée une première fois, notamment sous l’action de l’architecte Jean-Charles Delsaux. Enfin, c’est entre 1972 et 1975 qu’elle acquiert son aspect actuel.

« Indépendamment du massif occidental ou avant-corps qui est resté roman, on est en présence d’une architecture dans laquelle dialoguent des parties gothiques avec d’autres Renaissance, dont le fameux portail attribué à Lambert Lombard, observe Benoît Van den Bossche, professeur d’histoire de l’art et d’archéologie du Moyen Âge. Preuve qu’on jonglait au XVIe siècle, sur le même chantier et au même moment, avec des motifs décoratifs gothiques – en l’occurrence flamboyants – et des éléments renaissants : cela ne dessert en rien l’impression d’unité qui se dégage de l’ensemble. » L’élévation de Saint-Jacques et ses voûtes sur croisée d’ogives, par exemple, sont gothiques alors que la façade du proche sud est tout à fait Renaissance. À l’instar des tondi, ces médaillons avec visages, décorant les écoinçons des grandes arcades du vaisseau.

VandenBosscheBenoit« À ce mariage de motifs divers, insiste-t-il, s’ajoutent des sculptures extraordinaires, avec, entre autres, près de 400 clés de voûte toutes différentes : visages, animaux et végétaux – qu’ils soient réalistes, fantastiques ou grotesques – forment une iconographie extrêmement variée. »

Mais ce n’est pas tout. Au regard de l’arpenteur attentif de ce joyau de l’architecture liégeoise s’offrent aussi, après le choc esthétique produit par la dentelle de pierre une fois franchi le portail, les bustes des bas-côtés que l’on doit sans doute à un sculpteur souabe, les statues baroques de Jean Del Cour et de son école, les peintures des voûtains, ces espaces situés entre les ogives dont la décoration remonte au XVIe siècle. « Il y a enfin les fameux vitraux, s’enthousiasme Benoît Van den Bossche. L’église en a perdus beaucoup, peut-être au XVIIIe siècle, pour qu’une lumière non tamisée par la couleur puisse y entrer. Heureusement, dans le chœur ont été conservées de superbes verrières datant des années 1530. »

Édité sous les auspices de l’Institut du Patrimoine wallon, l’ouvrage L’église Saint-Jacques de Liège. Templum pulcherrinum. Une histoire, un patrimoine permet aux lecteurs de prendre conscience non seulement de la grande richesse artistique de l’édifice liégeois mais aussi – grâce à de nombreux contributeurs issus de différentes disciplines – du contexte historique où il est né et qu’il a traversé jusqu’à nos jours. D’autant qu’il comporte, parmi ses 346 pages, près de 250 clichés en quadrichromie (photos, plans, reconstitutions graphiques).


Dominique Allart, Mathieu Piavaux, Benoît Van den Bossche et Alexis Wilkin (dir), L’église Saint-Jacques à Liège. Templum pulcherrinum. Une histoire, un patrimoine, IPW, Liège, décembre 2016

Si vous deviez citer trois dates historiques majeures ?

  1. 2 avril 1770 : Goethe, alors jeune étudiant en droit, découvre la cathédrale de Strasbourg. Il en éprouve de l’effroi. C’est le début d’une fascination pour l’art “gothique” qui le mènera à relativiser l’art “antique”. En montant dans les parties hautes de l’édifice alors le plus haut d’Occident, Goethe grave un graffito, aujourd’hui soigneusement protégé.

  2. 18 juillet 1794 : Sous la pression de mouvements révolutionnaires, les moines bénédictins de l’abbaye de Stavelot s’enfuient outre-Rhin. Ils emportent avec eux la plupart des extraordinaires pièces d’orfèvrerie romanes sur lesquelles ils veillaient depuis des siècles – le trésor de Stavelot. Aujourd’hui, ce patrimoine précieux fait la fierté des plus grands musées d’Occident, de Berlin à New York en passant par... Bruxelles.

  3. 1er juin 794 : Ouverture du concile de Francfort-sur-Main, à l’appel de Charlemagne. Le synode approuve les “libri caroli” qui, entre autres, autorisent la présence des “images” (sculptures, peintures) dans les églises. Même si, par réaction aux excès qui caractérisaient alors le culte des icônes dans le monde byzantin, il est bien précisé que les “images” ne doivent pas être “adorées” : la décision du concile de Francfort libère ainsi l’Occident du tabou des images.

 

Henri Deleersnijder
Photo : M. Leffts
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