March 2017 /262

Accès de fièvre

CarpesOn ne le savait pas : les poissons peuvent avoir de la fièvre. C’est ce que vient de démontrer le Pr Alain Vanderplasschen du laboratoire d’immunologie-vaccinologie (faculté de Médecine vétérinaire) : « Ces animaux à sang froid ont de la fièvre lorsqu’ils ont une infection, ce qui peut leur sauver la vie. Cette hausse des températures corporelles est induite par les mêmes molécules que celles qui déclenchent la fièvre chez l’humain, des molécules acquises il y a plus de 400 millions d’années. »

C’est en poursuivant ses recherches sur le virus cyprinid herpesvirus 3 (CyHV-3) qui cause des ravages dans les élevages de carpes – sources de protéines très importantes en Asie, notamment – que le Pr Alain Vanderplasschen a observé un comportement curieux chez certains poissons : ils se regroupaient près du chauffage de l’aquarium. Pour se réchauffer ? « Une conduite similaire a déjà été notée chez d’autres animaux à sang froid, les reptiles par exemple. Lorsqu’il est malade, l’animal tente d’élever sa température en se déplaçant vers des lieux plus chauds que ceux où il réside habituellement », relève le professeur. On parle alors de “fièvre comportementale”.

Afin de tester l’hypothèse que le virus CyHV-3 provoque bien de la fièvre chez les carpes, l’équipe du laboratoire a construit des aquariums pourvus de plusieurs compartiments à différentes températures. Et les chercheurs ont observé que les carpes choisissent plutôt les compartiments à 24°C, tandis que les carpes infectées recherchent une température plus élevée, jusqu’à 32°C. Une sage intuition puisque, manifestement, cette élévation de température conduit à une guérison rapide des individus. A contrario, maintenus dans des compartiments plus frais, les poissons infectés succombent tous à la maladie.VanderplasschenAlain
Les chercheurs ont découvert en outre que le virus possède un mécanisme pour retarder l’expression de cette fièvre comportementale. C’est en élucidant ce mécanisme que l’équipe a découvert que la molécule du poisson induisant la fièvre est la même que celle qui provoque la fièvre chez l’homme.

Les résultats de ces recherches sont publiés dans la prestigieuse revue scientifique Cell Host & Microbe*. Ils illustrent, s’il fallait encore le faire, les bienfaits de la fièvre et révèlent un nouvel impact que les modifications de milieu pourraient avoir sur les espèces animales.


* voir l’article sur www.reflexions.ulg.ac.be (rubrique Vivant/médecine vétérinaire).

Pa.J.
Photo des poissons : J.-L. Wertz
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