March 2017 /262

4 questions à Didier Vrancken

Vice-recteur à la citoyenneté, aux relations institutionnelles et internationales

Sociologue de formation, docteur de l’Institut d’études politiques de Paris, le Pr Didier Vrancken a été président de l’Association internationale des sociologues de langue française. En 2005, il crée à l’université de Liège l’Institut des sciences humaines et sociales – transformé en faculté des Sciences sociales dix ans plus tard – et fonde, en 2013, la Maison des sciences de l’homme (MSH). Aujourd’hui vice-recteur, il a l’ambition de constituer une plateforme rassemblant les acteurs de l’université qui participent à l’extériorisation des savoirs. Entretien.

Le 15e jour du mois : La citoyenneté, n’est-ce pas un concept fourre-tout ?

Didier Vrancken : Le concept n’est pas neuf, il est même très ancien, mais son acception a évolué. Un citoyen (du latin civitas) est un habitant qui a des droits politiques. En France, par exemple, les droits du citoyen ont été codifiés dans la “Déclaration des droits de l’homme et du citoyen” de 1789. Au XXIe siècle, le concept de citoyenneté est pluriel et comprend des notions de liberté, tolérance, engagement, solidarité, etc. Ces usages perturbent un peu, il est vrai, la définition du mot qui porte en lui un élément essentiel : le collectif. Car c’est bien l’objectif de cette “citoyenneté”, veiller au bien-être public pour un fonctionnement optimal de la démocratie. De nos jours, le concept touche à de nombreux domaines de la vie quotidienne relevant de la vie conjugale, de la parentalité, de l’emploi, de l’économie, de la culture, de la communication, de la vie associative, etc. Le tout dans une optique de cohésion sociale et surtout de mobilisation, de mise en œuvre et en action de cette cohésion. Notre Institution a un rôle à jouer dans ce cadre : développer une Université “socialement active et responsable” me paraît indispensable.

Le 15e jour : La création de la Maison des sciences de l’homme répond à cette préoccupation ?

VranckenDidierD.V. : L’université d’Alexander von Humboldt – dont la mission était exclusivement l’enseignement et la recherche “pure et désintéressée” – a vécu. Non pas qu’elle soit dépassée. Au contraire, elle nous a profondément marqués, nous a façonnés et appelle encore aujourd’hui à davantage de rigueur. Mais l’Université est de nos jours appelée à se déployer. Les attentes mais aussi la critique à l’égard du savoir et de l’instruction sont plus aisées dans une société de la connaissance. La mission de l’Université ne se résume donc plus à produire et à dispenser des savoirs : elle doit comprendre ce que les sciences font au monde et vice versa.

À l’Institution autrefois structurée autour de disciplines a succédé une Université plus flexible, polycentrique et internationale. On favorise les synergies entre établissements. Les projets de recherche s’élaborent avec des partenaires nationaux et internationaux, la mutualisation des équipements est de rigueur. Et tout cela fait naître de nouveaux domaines de recherche.

Les autorités publiques attendent de cette dynamique nouvelle des retombées positives pour la région. L’Université devient ainsi un acteur majeur dans le développement d’un territoire : on souhaite que les connaissances produisent de l’innovation technique, de la qualité de vie, de la santé, de la culture, etc. Qu’elles irriguent le monde de façon plus visible sans doute, plus immédiate certainement.

De cette interrogation permanente sur l’articulation entre sciences et société est née, en 2013, la Maison des sciences de l’homme de l’ULg. Conçue à la suite des MSH françaises – initiées en 1963 par l’historien Fernand Braudel pour valoriser et surtout développer la recherche en sciences humaines –, la MSH de Liège a ceci de particulier qu’elle vise à favoriser la co-construction des savoirs et insiste également sur la troisième mission des universités. Elle organise notamment des colloques, des séminaires, des laboratoires d’expertises croisées, des rencontres et des conférences, extra muros souvent, avec de multiples partenaires et des publics très variés. Éclairer les opinions autour d’arguments objectifs opposés à toute forme d’idéologie est bien le but de la démarche.

Le 15e jour : Une structure qui va s’élargir ?

D.V. : Les savoirs ne sont pas unilatéralement diffusés : ils entrent en résonance avec la société. Avec plus ou moins de facilité. Car dialoguer avec la cité, c’est aussi entrer en tension, voire en friction avec ses habitants. Les savoirs techniques, biomédicaux, climatiques, financiers, entre autres, produisent des effets qui engagent la vie même des individus. Dès lors que des questions relatives à leur santé, leur épargne, leur territoire, etc. sont débattues et critiquées, les réactions ne manquent pas ! Nous devons mieux appréhender ces échos par une approche multidisciplinaire. C’est la raison pour laquelle nous allons constituer une plateforme – qui pourrait s’appeler “Agora” – afin de réunir toutes les initiatives développées à l’ULg envers la société. Elle réunira aux côtés de la MSH des acteurs comme Réjouisciences, l’Embarcadère du savoir, Liege Creative, les Presses universitaires, UniverSud, le service Qualité de vie, etc.

L’ULg doit affirmer son ancrage dans la cité, elle doit fournir à l’opinion publique des explications sur la recherche. Il s’agit d’un réel effort de démocratisation du savoir.

Le 15e jour : Par ailleurs, un “Pôle citoyenneté et innovation” est en cours de constitution…

D.V. : Effectivement. Les universités jouant un rôle de plus en plus déterminant dans l’essor socio-économique d’une région – elles sont devenues avec les composantes de l’hôpital universitaire et le parc scientifique, un acteur majeur des métropoles urbaines –, je suis convaincu que la participation des citoyens est nécessaire pour créer de véritables pôles académiques, économiques et urbains. Des initiatives en ce sens ont déjà vu le jour : rappelons-nous la “Journée d’éveil citoyen” organisée en décembre 2011 au moment de l’annonce de la fermeture de la phase à chaud chez Arcelor-Mittal, le projet “Verdir” lancé en 2012, la plateforme ULg pour les réfugiés en 2015, l’élaboration de la Charte des valeurs en 2016.

Je propose dès lors la formation d’un “Pôle citoyenneté et innovation” qui s’inscrive dans la dynamique du Pôle académique Liège-Luxembourg. Un Pôle qui réunirait, outre la plateforme “Agora”, des acteurs de la région comme Mnema et les Territoires de la Mémoire, le Théâtre de Liège, les Grignoux, la fondation “Ceci n’est pas une crise”, Liègetogether, etc. Une coupole en quelque sorte, ancrée dans la ville et dans le monde associatif, espace de réflexions et de débats, voire de controverses. La question du féminisme y trouverait sa place, par exemple, comme celle de l’allocation universelle, des MOOCs, de l’art, de la culture, … Nous devons travailler sur les parcours de vie également, de moins en moins linéaires, de plus en plus complexes et en constante recomposition.

À terme, ce Pôle sera à la base de nouvelles synergies pour concrétiser les résultats de la recherche sur le territoire et auprès de ses habitants. Il pourrait mener des actions autour d’une thématique annuelle, communément définie, et d’axes prioritaires.

* contacts : vicerecteur.vrancken@ulg.ac.be

Journée de sensibilisation à la lutte contre l’homo/lesbo/transphobie

Le jeudi 30 mars à Liège.

Au programme :

  • 12-14h : vernissage de l’exposition “les couples imaginaires” du photographe français Olivier Clappa, à l’Espace Opéra-ULg, place de la République française 41
  • 14h30-17h : ateliers à destination de la jeunesse sur la lutte contre les discriminations et l’homophobie, à la Cité Miroir, place Xavier Neujean
  • 17h30-19h30 : table ronde sur la lutte contre l’homophobie dans le sport et, plus particulièrement, dans le football, à la Cité Miroir, place Xavier Neujean
    * inscription via le site www.msh.ulg.ac.be
  • 19h45-20h30 : marche Ihsane Jarfi dans les rues de Liège, départ de la Cité Miroir, arrivée à la Maison Arc-en-ciel de Liège, en Hors-Château 7

Une organisation de la Fondation Ihsane Jarfi, Arc-en-ciel Wallonie, Rainbowhouse, Cavaria, la MSH-ULg, la Maison Arc-en-ciel de Liège, Unia et la ville de Liège.

* informations sur www.msh.ulg.ac.be

 

Propos recueillis par Patricia Janssens
Photos : J.-L. Wertz
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