Mars 2017 /262

À visage humain

Le festival “Nourrir Liège 2017”, dont l’ambition est de jeter les bases d’une transition vers une agriculture respectueuse de l’environnement et des hommes, se tient actuellement dans la Cité ardente. Sous le parrainage du député du Parlement européen José Bové.
Regards croisés du Pr Pierre Stassart, sociologue de l’environnement au campus d’Arlon, et de Veronica Cremasco, ingénieur de formation,  impliquée dans la ceinture “Aliment-terre liégeoise”.

Le 15e jour du mois : Vous donnez le cours de “théories et gestions des transitions agroécologiques” : comment expliquer l’engouement du public pour ces questions ?

StassartPierrePierre Stassart : On assiste à une remise en question du système alimentaire élaboré dans les années 1950 qui s’est développé selon le modèle d’une industrie. Les diverses crises alimentaires de la fin des années 1990 (celles des hormones de la vache folle, etc.) ont retissé pour les consommateurs le lien entre qualité des aliments et méthodes de production. En outre, c’est le moment où, au sein de ces systèmes alimentaires, un glissement va se faire en termes de rapport de force de l’industrie vers la grande distribution. Par ailleurs, des travaux de recherche montrent qu’il y a une autre voie possible, à la fois plus respectueuse de l’environnement, de la santé et de la justice sociale : l’agroécologie. Née dans les pays d’Amérique du Sud, elle préconise l’arrêt de l’agriculture intensive pour revenir à une agriculture locale et de qualité.

Le 15e jour : L’Europe est-elle sensible à cette voie ?

P.S. : Je crois que nous sommes, aujourd’hui, à la croisée des chemins : de plus en plus de voix s’élèvent pour infléchir la trajectoire prise au sortir de la guerre. La recherche influence la formation universitaire (et professionnelle) en ce sens, les consommateurs sont de plus en plus soucieux de la qualité des produits qu’ils achètent. Diverses manifestations le prouvent : la ceinture Aliment-Terre liégeoise, notamment, une coalition d’acteurs de la région engagés dans la transformation en profondeur du système alimentaire régional. Plusieurs ONG participent aussi à la prise de conscience de ces enjeux et on note une nouvelle implication de jeunes urbains, non issus du milieu agricole, dans le maraîchage. Je m’aperçois pour ma part que les étudiants se sentent de plus en plus concernés par cette thématique. Le film Demain, plébiscité par les jeunes notamment, a activé des questions pertinentes et la permaculture motive nombre de novices en agriculture. Encore faudrait-il que des politiques publiques soient mises en place pour favoriser ces productions qui peuvent se décliner selon des modèles tels que l’agriculture biologique, l’agriculture de conservation des sols, etc. Car il faut s’engager résolument dans ce nouveau paradigme, sans engrais, sans pesticides, dans une optique de qualité des produits qui aura un impact positif sur notre santé et sur notre environnement. En France, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a lancé un programme d’agroécologie. On espère que la Région wallonne fera bientôt de même et, surtout, que l’Europe suivra en réévaluant la Politique d’agriculture commune (PAC).

Le 15e jour du mois : Comment expliquer votre attrait pour l’agriculture ?

CreamscoVeronica-2Veronica Cremasco : Ingénieur-architecte de formation, je suis passionnée depuis toujours par l’aménagement du territoire, singulièrement celui des villes. Pour moi, le développement harmonieux des villes passe par celui de leurs campagnes. Dans une vision à long terme, l’avenir (social, environnemental et économique) des villes et de leurs ceintures agricoles est indissociable. L’agriculture urbaine m’intéresse aussi. Jardins, parcs, espaces de jeux constituent une trame vitale du paysage urbain qui devrait être renforcée, en quantité comme en qualité. En particulier l’aspect vivrier de ces espaces doit être encouragé. Pourquoi les arbres et les plantes de l’espace public ne constituent-ils pas davantage une ressource comestible ? Cela ne suffira pas à nourrir Liège, ni une autre ville wallonne d’ailleurs, mais y participera, en complémentarité avec une ceinture plus rurale. Puis, on n’est jamais aussi sensible à un enjeu (ici celui de la nourriture) que quand on le côtoie au quotidien.

Le 15e jour : À quel titre participez-vous au festival ?

V.C. : Je participe au moins à deux titres. Avec mon compagnon, j’ai créé en juillet 2016 le premier “Bar à jeux de société” à Liège, Yam-Toto (clin d’œil au tilleul voyageur d’une BD de Lewis Trondheim). À côté des 200 jeux proposés à des familles et des trentenaires accrocs aux jeux de stratégie et désireux d’assouvir cette passion dans un cadre convivial, je propose une petite restauration pour découvrir le charme – et le goût – de recettes à base de produits de saison. Yam-Toto est un acteur parmi d’autres qui s’investit dans l’écoulement des fruits et légumes cultivés dans notre province, et qui fait la part belle au bio. L’ambition qui anime tous les collectifs qui collaborent au festival “Nourrir Liège 2017” est de montrer qu’une agriculture locale de qualité est possible et qu’une alimentation saine est à la portée de tous. Par ailleurs, je suis aussi membre fondateur de la Brasserie coopérative liégeoise, micro-brasserie située à Lantin. Notre ambition est de produire une bière blonde 100% bio à base d’orge et de houblon cultivés dans la province de Liège et brassée à Lantin. Il s’agit d’une nouvelle bière que nous pourrons faire découvrir bientôt. Ce véritable projet brassicole et agricole s’inscrit dans la même dynamique de valorisation des ressources que nous avons à portée de main…

Festival “Nourrir Liège 2017” jusqu’au 26 mars

L’ULg y participe :

  • le samedi 18 mars à 17h, grand débat “Vision et constat de l’agriculture en Belgique et dans le monde”, avec notamment la participation des ministres René Collin et Willy Borsus.

  • le mercredi 22 mars à 19h30, José Bové, député au Parlement européen, donnera une conférence sur le thème “Pour une agriculture durable et une PAC humaine”, à la salle Noppius, complexe Opéra, place de la République française 41, 4000 Liège.

Inscriptions via le site www.ulg.ac.be/nourrirLiege2017

Patricia Janssens
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