April 2017 /263

Zoom sur Didon

Thy hand, Belinda, darkness shades me,
On thy bosom let me rest,
More I would, but Death invades me;
Death is now a welcome guest.
When I am laid in earth, may my wrongs create
No trouble in thy breast;
Remember me, but ah! forget my fate.

Tels sont les mots de Didon, son ultime lamento dans l’opéra baroque en trois actes composé par Henri Purcell sur un livret de Nahum Tate, Dido and Aeneas, qui sera représenté pour la première fois à l’Opéra royal de Wallonie-Liège en mai prochain. Faisant écho au quatrième chant de l’Énéide de Virgile consacré à la relation entre Didon et Énée, le texte s’éloigne pourtant de son modèle tant par le traitement de l’héroïne que par le rôle central accordé aux sorcières.

Si la mythique fondatrice de Carthage est principalement connue par le rôle qu’elle tient dans l’épopée virgilienne, la reine Didon n’est pas apparue avec le poète latin sous le règne d’Auguste. Appelée Élissa par les Phéniciens, Theiosso par les Grecs et Deido par les Africains, elle était la fille du roi de Tyr (dans l’actuel Liban) et la sœur de Pygmalion. Celui-ci, succédant à son père, assassine son beau-frère Sychée par cupidité, poussant ainsi sa sœur à la fuite avec les richesses de son défunt époux et une partie des habitants.

Didon&EneeDeux visages différents de l’héroïne ont été dépeints à travers les époques avec pour point commun la représentation d’une femme forte et rusée, une veuve attachée au souvenir de son mari, et une infortunée destinée à s’ôter la vie. Le premier, lié à la tradition la plus ancienne qui sera revitalisée par les auteurs chrétiens, fait de Didon une reine courageuse et une épouse fidèle à son défunt mari, préférant se donner la mort plutôt que d’épouser le roi libyen Iarbas. Peut-être le plus connu, le second visage – que l’on doit à Virgile – présente une femme dominée par l’amour, en proie à la fureur et au désespoir lorsque son amant, l’inflexible héros Énée la quitte, contraint par les dieux de s’en aller accomplir sa destinée : fonder la nouvelle Troie, à savoir Rome.

Non, va, poursuis l’Italie à la merci des vents, cherche des royaumes à travers les ondes. J’espère bien, quant à moi, si les justes divinités ont quelque pouvoir, que tu trouveras ton supplice au milieu des écueils et que tu invoqueras souvent le nom de Didon. Je te suivrai, absente, avec de sombres torches, lorsque la froide mort aura séparé mes membres de mon âme, mon ombre t’assiègera en tous lieux. Tu seras puni, misérable ! ”, menace la Didon virgilienne, qui n’hésitera pas à recourir aux services d’une prêtresse étrangère pour pratiquer un rituel magique ayant pour objectif de ramener son amant vers elle, ou de le maudire sur des générations si la première partie du rite d’envoûtement s’avérait sans effet. Cette Didon, tragique entre toutes, n’est d’ailleurs pas sans rappeler Médée.

S’il conserve la part de sorcellerie, l’opéra de Purcell donne une toute autre place à celle-ci, qui n’est plus le recours de la reine désespérée, mais le fait de sorcières, presque shakespeariennes, cherchant sa perte et trompant Énée.
De l’Antiquité à nos jours, poètes ou chercheurs, nombreux sont ceux qui nous ont livré un portrait de Didon, la reine, mais aussi la femme, héroïne vertueuse ou vengeresse tragique prête à recourir aux arts magiques.


Représentations du 9 au 14 mai.

* informations et réservation via www.operaliege.be

 

Magali de Haro Sanchez, collaboratrice scientifique du Cedopal
Photo : © Opéra de Rouen - Frédéric Carnuccini
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