Avril 2017 /263

Grand angle

“Une théorie ne ressemble pas plus à un fait qu’une photographie à son modèle”. Cette maxime du nouvelliste E.W. Howe interroge la question de la rigueur scientifique et du statut de la photographie comme représentation de la réalité. Douglas Vernimmen en connaît quelque chose puisque son parcours de scientifique et sa passion pour la photographie l’ont poussé à s’interroger sur son attrait pour ces deux disciplines : « Tout comme la photographie, le travail de recherche demande une grande méticulosité. Mon grand-père était sculpteur sur bois, maman est peintre amateur et moi j’avais commencé le dessin. Disons que depuis l’enfance, j’ai toujours été soucieux du détail et de la perfection. J’ai toujours eu des projets à réaliser, et une vision précise pour concrétiser les idées qui me passaient par la tête. »

EXPÉRIENCE EXTRAORDINAIRE

VernimmenDouglasChercheur en biologie moléculaire, Douglas Vernimmen passa 11 années à l’université de Liège. Étudiant en biologie, il obtient sa licence en zoologie (section biologie cellulaire et moléculaire) en 1996 et, en 2003, un doctorat en science* consacré à l’étude d’un gène impliqué dans les cancers du sein, sous la direction de Rosita Winkler, directrice de recherche au FNRS. L’année suivante, sur sa lancée, il part à Oxford à l’Institut de médecine moléculaire, pour un postdoc centré sur l’étude des gènes impliqués dans la thalassémie, « une anémie due à un manque d’hémoglobine ». Il y restera huit ans.

Tombe-t-il amoureux d’Oxford ? La question mérite d’être posée alors que sort son recueil de photographies consacrée à la célèbre ville universitaire. « C’est un rêve qui devient réalité, la récompense d’une obstination devenue obsession ! Je suis arrivé à ce qui me tenait le plus à cœur : publier ces photos, comme un témoignage d’une expérience extraordinaire que j’ai pu vivre dans une des meilleures universités du monde » , avoue-t-il.

Si la persévérance constitue sans aucun doute la clef de voûte du projet, l’accueil est à la hauteur de ses ambitions : « Mon livre est vendu mondialement et, à ce jour, 650 exemplaires ont été écoulés en quatre mois. » Notons que les éventuels bénéfices serviront à financer des bourses d’études.

VernimmenDouglas-OxfordOxford à jamais immortalisé dans sa mémoire, Douglas Vernimmen s’est jeté un nouveau défi : trouver un autre lieu conjuguant, à son aune, perspective scientifique et ambition artistique. « J’ai eu beaucoup de chance de décrocher un poste de chercheur indépendant à l’université d’Edimbourg, à l’Institut Roslin connu mondialement pour être à l’origine de Dolly, le premier clone de mammifère. » Maintenant habitant de l’Ecosse – avec ses cornemuses, ses températures fleuretant, au maximum, avec les 20 degrés, ses paysages bucoliques –, il continue ses recherches en biologie, cette fois sur des gènes impliqués dans les leucémies.

Son adhésion à la Société de photographie d’Oxford a probablement été un déclencheur dans son parcours de photographe amateur. Salué en 2006 au Salon de la photographie à Londres où il expose deux de ses photos, Douglas Vernimmen envisage alors l’avenir à l’international : « Via le club, j’ai pris connaissance des différents concours internationaux organisés par la Fédération internationale d’art photographique (Fiap) notamment : je me suis donc testé, mais pas tout de suite, car je voulais attendre d’être sûr de moi et de la qualité de mes photos. » Avec succès. Dès 2008, plusieurs clichés furent sélectionnés dans des concours internationaux et plus de 200 prix décorent aujourd’hui sa cheminée…

RECONNAISSANCE

Ses photos sont maintenant exposées dans une cinquantaine de pays, des États-Unis jusqu’en Asie. Les maisons d’édition s’intéressent à son travail et son premier recueil vient d’être publié. « L’avantage, c’est surtout d’être reconnu et d’avoir de la crédibilité en tant qu’amateur », admet-il.

Si ses recherches ont l’ambition d’isoler les obstacles à la vie, la photographie permet de la transcender en en immortalisant des instants. Henri Cartier-Bresson le notait lui-même : “Le temps court et s’écoule et notre mort seule arrive à le rattraper. La photographie est un couperet qui dans l’éternité saisit l’instant qui l’a éblouie.


* Intitulé de la thèse : “Characterisation of a transcription factor involved in HER2 gene overexpression in breast cancers”.

Aliénor Petit
Portrait : Anna-Lena Schaupp
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