May 2017 /264

La station scientifique des Hautes Fagnes

Situé sur le Mont Rigi, la station scientifique des Hautes Fagnes est depuis plus de 90 ans un lieu privilégié pour la recherche scientifique et la transmission de savoirs. À l’heure actuelle,  ce centre est entré dans une phase de redynamisation qui a débuté avec la remise aux normes des bâtiments et l’accord d’une convention avec la Communauté germanophone en matière d’enseignement. L’ascension se poursuit avec l’ambition d’ouvrir le site au secteur privé mais surtout, avec un projet pour le renforcement de la population du tétras-lyre, espèce emblématique du parc naturel.

MontRigi01La station scientifique n’a pas toujours eu l’apparence qu’on lui connaît aujourd’hui. Ce joyau niché au sommet du plateau des Hautes Fagnes a connu trois phases d’expansion nécessaires au développement de la recherche scientifique et à la sensibilisation de publics non initiés.

UN LIEU D’EXCEPTION

Le vaste domaine a d’abord été composé de deux pavillons de bois implantés en 1924 à l’initiative des Prs Léon Fredericq et Raymond Bouillenne. Les deux scientifiques, convaincus du potentiel biogéographique de la région, avaient marqué un intérêt accru pour le site dès 1904. « C’est en effet un lieu exceptionnel en Europe, admet Jean-Pierre Thomé, professeur d’écologie à l’ULg. Il présente des biotes spécifiques du fait de son altitude, de la nature de son sol, du taux d’humidité et de sa pluviosité importante. Toutes ces caractéristiques sont favorables à la création d’un milieu acide où se développe une faune et une flore très particulières. Il faut d’ailleurs se rendre en Pologne ou en Scandinavie pour rencontrer un biotope similaire ».

La station a ensuite été détruite sous les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, puis reconstruite en 1947 par les scientifiques à partir de panneaux de bois issus des abris abandonnés par l’armée américaine. Plus spacieuse et plus fonctionnelle, la deuxième station, dotée d’un grand laboratoire, a permis de révéler la richesse du site, notamment la présence de landes et de tourbières vieilles de 7000 ans, et de sensibiliser à la fragilité des organismes qui y vivent. Les travaux menés sous la direction du Pr Raymond Bouillenne ont notamment contribué à la création en 1957 de la “Réserve naturelle domaniale des Hautes Fagnes” et à la mise sur pied du parc naturel “Hautes Fagnes Eifel”.

Face à l’activité scientifique qui s’y développe, l’université de Liège s’engage en 1963 dans la construction d’une infrastructure pérenne placée sous surveillance permanente. Cette nouvelle station, inaugurée en 1975, est ainsi conçue pour remplir une double mission qui est aujourd’hui encore poursuivie.

« Le centre constitue premièrement une base de recherche ouverte à diverses disciplines engagées dans l’observation directe, l’expérimentation in situ ainsi que l’étude de la région des Hautes Fagnes et des sites à proximité. Il permet également au public, ainsi qu’aux pouvoirs locaux et régionaux, de s’informer sur ce milieu naturel unique en Belgique et de contribuer à sa préservation. L’ASBL Haute Ardenne joue par ailleurs un rôle primordial dans la promotion du site et dans la vulgarisation des recherches menées. Elle est en quelque sorte l’antenne fagnarde de l’Embarcadère du savoir à Liège », explique le Pr Pascal Poncin, doyen de la faculté des Sciences.

SAUVER LE TÉTRAS-LYRE

Le centre, depuis plusieurs années, accueille en résidence des chercheurs du département d’études du milieu du Service Public de Wallonie (SPW). Il s’est aussi investi de 2007 à 2012 dans le projet “Life”, un programme qui a permis la restauration de nombreux habitats naturels de grand intérêt biologique et la sauvegarde de leur biodiversité.

En mars dernier, l’ULg a signé une convention avec la Région wallonne pour le renforcement de la population du tétras-lyre. Cette espèce emblématique de la région des Hautes Fagnes, mieux connue sous le nom de “petit coq de bruyère”, connaît un déclin progressif depuis le millieu des années 90. « Cette convention implique de nombreux partenaires, comme l’Institut royal des sciences naturelles de Belgique, la division Nature et Forêt, le WWF, SPADEL et Pairi Daiza. Elle vise à densifier la population de tétras-lyre avec des oiseaux provenant de Suède, là où les populations sont encore abondantes. »

Conseillées par les collègues allemands et hollandais, des équipes liégeoises se sont rendues en Suède à la fin du mois d’avril. Avec pour mission d’importer des individus dans le but de repeupler la colonie des Hautes Fagnes et de tester la technique de télémétrie destinée à suivre les oiseaux et évaluer leur devenir. Dans un second temps, l’objectif est de réfléchir au développement d’un élevage sur place selon des méthodes semi-naturelles. À terme, la volonté serait de sauver cette espèce de l’extinction imminente qui la guette.


Marjorie Ranieri
Photo : Serge Nekrassof
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