Mai 2017 /264

Textiles connectés

Un must à l’hôpital

Depuis le 1er janvier dernier, l’université de Liège, au travers de son Interface Entreprises-Université, coordonne un projet Interreg Euregio Meuse-Rhin destiné à développer une technologie portable capable de prendre et de traiter informatiquement les paramètres vitaux des patients en continu, sans intervention manuelle du personnel soignant. Un temps précieux, actuellement consacré à la prise et l’encodage des paramètres, que les infirmières pourront consacrer à la qualité des soins apportés aux patients hospitalisés. Explications.

Lors d’une hospitalisation classique, c’est-à-dire hors soins intensifs ou urgences, le patient est généralement cloué au lit et relié à différents moniteurs, sans aucune autonomie. « Il est pourtant nécessaire de surveiller des paramètres vitaux, comme la température, la pression sanguine, le rythme cardiaque, l’oxygénation du sang. Le personnel soignant doit donc procéder à de nombreuses manipulations plusieurs fois par jour et encoder manuellement toutes les données dans le dossier informatique du patient, ce qui lui fait perdre un temps précieux », explique Annick Pierrard, coordinatrice du projet concrétisé sous le nom de “wearIT4health” à l’Interface.

L’objectif est dès lors de mettre au point une technologie intégrée, portable, susceptible de procéder en continu au monitoring des personnes hospitalisées. Le choix s’est porté sur des vêtements munis de capteurs qui procéderaient à la prise de ces paramètres, et seraient capables d’envoyer à distance et sans fil les données recueillies afin qu’elles soient traitées informatiquement. Il s’agirait d’une aide à la prise de décision thérapeutique.

COMBINAISON DES SAVOIRS

WearIT4Health« L’idée a émergé suite au travail réalisé lors d’un précédent projet Interreg (Top Technology Cluster), programme de l’Union européenne qui favorise les collaborations entres institutions de recherche et PME de régions voisines, au-delà des frontières nationales. C’était en 2014. Nous considérions qu’il fallait envisager ce que serait le monitoring du futur des patients hospitalisés. Nous étions trois partenaires centraux, à savoir l’Interface ULg, Centexbel (Centre de recherche sur les matériaux textiles) et la KU Leuven », poursuit Annick Pierrard.

Le projet “wearIT4health” s’est étendu à d’autres partenaires de l’Euregio Meuse-Rhin*. Une complémentarité indispensable car de nombreuses composantes sont nécessaires pour assurer un monitoring ambulatoire en continu, permettant au patient de conserver son autonomie. « Nous voulons élaborer une méthode fiable, facile à utiliser, confortable au patient pour assurer ce rôle. Sa forme doit encore être déterminée : un brassard, un t-shirt, un bonnet, une ceinture… chargée de micro-senseurs qui reprendront précisément chez lui les paramètres vitaux à surveiller. Centexbel est chargé d’élaborer le textile le plus adapté, lavable, confortable, etc., pour les accueillir. Microsys et l’université de Maastricht réfléchissent à la fabrication de micro-capteurs à basse énergie qui devront prendre ces paramètres, mais aussi transférer les données recueillies par un système sans fil vers le programme informatique qui les gérera. La KU Leuven se chargera de développer ce programme informatique en collaboration avec l’université d’Hasselt. Quant aux hôpitaux universitaires, ils seront bien utiles pour réaliser les tests avec les patients hospitalisés », enchaîne Annick Pierrard.

CONSENSUS

L’université de Liège démontre une fois de plus son envie de diriger des projets innovants dans le domaine des sciences de la vie au sein de collaborations transfrontalières. « Voilà 20 ans que l’ULg mène des projets dans le domaine de la santé avec des partenaires belges, néerlandais et allemands, souligne Michel Morant, directeur de l’Interface ULg. Notre but est d’améliorer la qualité des soins apportés aux patients. Je me félicite de voir que cette collaboration rassemble non seulement des équipes de recherche dans des disciplines variées, mais prend aussi en compte, dès le départ du projet, les souhaits et questions des personnes impliquées, comme les patients et le personnel soignant. » D’ailleurs, le personnel infirmier se montre également enthousiaste. « Je pense que la technologie nous fera gagner beaucoup de temps, notamment dans l’encodage des paramètres. Il faut cependant s’assurer de sa fiabilité et de sa disponibilité opérationnelle en continu », précise Valérie Rossignol, représentante des infirmières liégeoises impliquées dans la phase préparatoire des spécifications techniques du dispositif. L’hôpital du futur est en route…

* Il regroupe les trois partenaires de 2014, auxquels se sont ajoutés le CHU de Liège, l’université de Maastricht et le MUMC+, l’université de Hasselt, et le MHU Hasselt ainsi que le laboratoire Microsys, spécialisé dans la miniaturisation des microsystèmes et relié au département de génie électrique et des sciences de l’informatique de l’ULg. Les partenaires financiers sont essentiellement l’Union européenne, la Région wallonne ainsi que les provinces du Limbourg belge et néerlandais. Les différents partenaires contribuent également avec des fonds propres non négligeables au budget de 4,6 millions d’euros pour trois ans.

Carine Maillard
Photo : Centexbel
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