Juin 2017 /265

La leçon d’anatomie

500 ans d’histoire de la médecine

À l’occasion de son 30e anniversaire, le Centre hospitalier universitaire de Liège (CHU) organise une exposition dédiée à l’évolution des rapports entre la médecine et l’art, au musée de la Boverie. Plus d’une centaine d’œuvres mêlant art ancien et art contemporain seront réunies autour du thème de la médecine et, plus généralement, du corps humain, dans un foisonnant dialogue entre les époques et les disciplines.

Comme l’explique Marie-Hélène Joiret, directrice du Centre wallon d’art contemporain “La Châtaigneraie” et commissaire de l’exposition (diplômée d’histoire de l’art en 1982), « le CHU a voulu mettre en évidence le fait que l’hôpital, dès le départ, a été un lieu lié à la création artistique. Le bâtiment, imaginé et conçu par l’architecte Charles Vandenhove, intègre en effet, dans les lambris, les œuvres de plusieurs artistes. En plus de mettre en valeur leur travail, c’était aussi l’occasion, au sein de l’exposition, d’aborder les liens entre l’art et la médecine de manière générale. »

FRAGILITÉ DE LA CONDITION HUMAINE

L’exposition est organisée en quatre parties : un “cabinet de curiosités” rassemblant des œuvres anciennes d’artistes qui ont mis leur savoir-faire au service de la médecine, une mise en regard des œuvres anciennes et contemporaines évoquant la médecine ou le corps humain, une confrontation entre œuvres d’art abstraites et photographies prises au microscope, et, enfin, un espace mettant en avant les artistes présents au CHU.

Jusqu’au XIXe siècle, les artistes sont venus en aide à la médecine en explorant et en représentant le corps humain. Dessins, réalisations de cire ou de papier mâché ont permis de visualiser les muscles, os et organes dissimulés sous la surface de la peau. Si l’invention de la photographie a rendu obsolètes ces représentations anatomiques, les liens entre art et médecine n’ont néanmoins jamais cessé.

La mise en regard des œuvres anciennes et des œuvres contemporaines (120 au total) apporte une dimension ludique et dynamique à l’exposition, en même temps qu’elle montre à quel point le souci de la santé et du corps traverse les siècles. « Les artistes, insiste Marie-Hélène Joiret, ont les mêmes préoccupations humaines qu’auparavant. Ce qui est essentiel, c’est l’attention que chacun porte à son propre corps, à la souffrance, à la vieillesse, à la maladie. Pour certains des artistes exposés, le thème de la médecine et du corps est un véritable fil rouge qui guide leur travail. Pour d’autres, il s’agit d’une préoccupation plus aléatoire, inspirée parfois de leur propre expérience du monde médical. » C’est le cas, notamment, des photographies de Patrice Gaillet, qui illustrent différents aspects de sa maladie. Les artistes s’approprient également le monde médical en en détournant les techniques et les instruments. Sophie Langohr, par exemple, a réalisé une projection vidéo sur base de scanographies effectuées sur une statuaire par les services de radiographie du CHU : la séquence, mettant en mouvement l’image du pourtour de la statue, évoque une cellule vivante qui se déplace.

DervauxLaurence-SangLaurence Dervaux. La quantité de sang pompé par le cœur humain en une heure et vingt-huit minutes

EN DIALOGUE

Si les œuvres anciennes proviennent des quatre coins de l’Europe, les œuvres contemporaines ont exclusivement été choisies parmi celles d’artistes belges. Certaines d’entre elles ont été réalisées spécialement pour l’exposition. D’autres n’ont été montrées que très rarement, comme la gigantesque installation de Laurence Dervaux composée de 750 réceptacles remplis d’eau rouge qui évoquent la quantité de sang pompée par le cœur en 88 minutes. C’est la réunion des œuvres d’époques différentes qui confère à l’exposition une dimension totalement inédite.

Diversité des angles de vue, des formes et des époques des œuvres mises en scène, complémentarité des dimensions historiques et artistiques dans le traitement de la thématique, dynamisme de la scénographie et présence de touches surréalistes décalées propres à l’“esprit belge” au cœur de sujets existentiels ou douloureux : c’est sûr, l’exposition sera exceptionnelle.

La leçon d’anatomie. 500 ans d’histoire de la médecine

Exposition du 21 juin au 17 septembre, au musée de la Boverie, parc de la Boverie, 4020 Liège.
Une coproduction du Centre international d’art et de culture (CIAC) de la ville de Liège, du Centre wallon d’art contemporain et du CHU de Liège.

* www.laboverie.com

 

Héloïse Husquinet
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