Envisager la décroissance ?
Depuis les années 1970, le mouvement enfle graduellement un peu partout en Europe et aux Etats-Unis. Anti-consuméristes, écologistes et altermondialistes notamment soutiennent que le modèle économique capitaliste, présenté comme un idéal, est aujourd’hui source de graves problèmes. S’opposant au dogme de la croissance économique et même à la notion de développement durable, ils invitent à penser autrement la société de demain et prônent la “décroissance”. Regards croisés autour de ce concept, de Geoffrey Pleyers, sociologue chargé de recherches au FNRS, et de Lionel Artige, chargé de cours à HEC-ULg et spécialiste de la macro-économie.
Le 15e jour du mois : La thèse de la décroissance revient en force. Qu’en pensez-vous ?
Geoffrey Pleyers : Les tenants de la “décroissance” remettent en cause l’obsession de l’expansion des marchés et prônent, a contrario, un modèle économique plus respectueux de notre environnement et de l’être humain. Leur grand mérite est avant tout de remettre en question le modèle de la croissance à tout prix et de pointer du doigt des déséquilibres majeurs : l’épuisement de nos ressources énergétiques par exemple ou la mauvaise répartition des biens. Ce phénomène s’illustre de manière particulièrement dramatique au niveau de l’alimentation : alors que le nord de la planète connaît une surproduction alimentaire, souvent de mauvaise qualité – on compte par exemple plus de 30 % d’obèses aux Etats-Unis –, 950 millions de personnes ont souffert de la faim en 2009. Faut-il dès lors continuer dans la même voie, c’est-à-dire produire davantage ? La décroissance n’est pas synonyme de récession mais plutôt un concept qui invite à faire décroître notre empreinte écologique par une réévaluation de notre économie. L’enjeu des mouvements pour la décroissance, n’est donc pas la récession, mais l’invitation à devenir conscient et responsable des conséquences de ses actes, notamment aux niveaux de l’empreinte écologique ou de la manière dont les biens sont produits. Dans ce sens, les militants de la décroissance invitent à un débat très salutaire.

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