Avantages pour les femmes et pour l’entreprise
L’apport des femmes dans les entreprises familiales se manifeste à différents niveaux. Comme le rappellent les auteurs de l’étude, les femmes sont souvent considérées comme la ‘glue’ de la famille et de l’entreprise, elles sont davantage dans l’émotion et le relationnel que les hommes et sont plus douées pour désamorcer les conflits. Elles sont aussi plus sensibles aux besoins des autres, recherchent plus la collaboration et l’interaction. Au final, elles ont un style de management différent qui présente pour certains auteurs les caractéristiques d’un bon leader (communication, empathie, écoute, etc.). Last but not least, elles peuvent également contribuer financièrement directement ou indirectement au développement de l’entreprise familiale. Le fait d’évoluer dans l’environnement de l’entreprise familiale offre aussi aux femmes quelques avantages tels que, par exemple, l’accès à des industries à prédominance masculine comme la construction. Notons également une plus grande flexibilité dans les horaires de travail, une meilleure rémunération ou encore une plus grande sécurité d’emploi. Certains de ces avantages peuvent participer d’ailleurs à la motivation et à l’engagement des femmes dans l’entreprise familiale. Ainsi la décision de rejoindre cette dernière, «lorsqu’elle est en adéquation avec des objectifs poursuivis par les femmes (par exemple, consacrer du temps à sa famille et à ses enfants), peut constituer une motivation pour le choix de son orientation professionnelle ou pour son implication dans l’entreprise familiale», soulignent les auteurs. En ce qui concerne l’engagement, ils pointent l’engagement affectif, correspondant à un attachement émotionnel, l’engagement de continuité qui s’apparente plutôt au sentiment d’être «pris au piège» dans sa relation avec l’entreprise et l’engagement normatif ou «engagement moral» derrière lequel on retrouve un sentiment d’obligation vis-à-vis d’autrui.
Une présence limitée dans les organes de décision
Premier volet de l’étude, l’analyse quantitative vise à dresser un état des lieux de la situation des femmes dans les entreprises familiales belges francophones en 2012 et se décline en deux objectifs : d’une part, décrire les «rôles» que les femmes occupent dans l’entreprise familiale et les fonctions qu’elles y occupent actuellement ; d’autre part, mettre en évidence dans un but de prospective des signes précurseurs de phénomènes émergents qui pourraient se développer dans un avenir plus ou moins proche, comme les qualités que devraient présenter les filles afin de succéder au dirigeant actuel. Un questionnaire a été envoyé aux 2.491 entreprises familiales figurant dans la base de données de l’Institut de l’Entreprise Familiale (IEF). Le taux de réponses s’est élevé à 5,25% (131 questionnaires). L’échantillon est représentatif du point de vue du secteur d’activité, du statut juridique de la société, du chiffre d’affaires ou encore de l’emploi. Parmi les répondants, 64,9% sont des hommes et 29,8% sont des femmes (et 5,3% non précisés). Plus de 80% ont plus de 40 ans, 71,8% ont un diplôme d’enseignement supérieur et 81% vivent en couple. Enfin, plus de 60% occupent la fonction de CEO.
Parmi les résultats observés, il est constaté «une absence des femmes dans les organes de décision de l’entreprise familiale, et d’une manière plus accentuée dans le conseil d’administration». Ainsi par exemple, concernant le conseil d’administration, les femmes sont majoritaires dans seulement 11% des cas, elles ont une présence égalitaire dans 22% des cas, et sont minoritaires dans 27% des cas. Ce qui est particulièrement interpellant c’est que les femmes sont absentes du conseil d’administration dans 40% des cas. En ce qui concerne, les fonctions managériales, les auteurs constatent que «les femmes sont occupées dans des fonctions administratives (les femmes sont majoritaires dans cette fonction dans 56% des entreprises interrogées, tandis que les hommes ne sont majoritaires dans cette fonction que dans 24% des entreprises interrogées) et dans des fonctions de gestion des ressources humaines (les femmes sont majoritaires dans 47% des entreprises interrogées, tandis que les hommes n’y sont majoritaires que dans 38% des cas). Les hommes sont majoritaires dans les fonctions financières, marketing ou ventes et sont très largement majoritaires dans des fonctions opérationnelles et dans une fonction de CEO».