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La femme dans l’entreprise familiale
28/11/2012

Le défi de la transmission de l’entreprise à une femme 

schéma-reprisefilleLe fait d’être une fille est-il un facteur excluant lors de la transmission de l’entreprise ? Afin de répondre à cette interrogation les chercheurs ont demandé à chacun de leurs répondants de se positionner par rapport à la question suivante : «Si vous avez une ou plusieurs femmes parmi vos descendants, pensez-vous que l’une d’elles puisse, au même titre que l’un de vos garçons éventuels, un jour être amenée à reprendre l’entreprise familiale ?». Les réponses sont assez instructives : 40% des répondants ne pensent pas qu’une fille puisse reprendre l’entreprise au même titre que son frère, contre 60% qui pensent le contraire. Parmi ces derniers, on observe davantage de diplômés universitaires, de jeunes et de personnes ayant passé moins de 20 ans dans l’entreprise familiale. Les auteurs notent qu’«aucune différence significative n’a été constatée en fonction du genre du répondant. Les perceptions des femmes et des hommes par rapport aux qualités que leur fille devrait avoir pour reprendre l’entreprise familiale, ne sont pas fondamentalement différentes». Pour l’ensemble des répondants, quand on demande le motif du refus à ceux qui ont répondu non (40% de l’échantillon), il se décline comme suit : parce que leur (petite) fille n’a pas l’ambition et l’envie d’occuper une position de chef d’entreprise (17%) ; parce qu’elle n’est pas préparée à occuper un poste à responsabilité (8%) ; parce que le répondant n’a pas de fille (6%) ; parce que la fille n’a aucun intérêt pour l’activité de l’entreprise (4%) ou parce que le répondant préfère transmettre l’entreprise à un descendant masculin (4%). «Ce qui est interpellant par ailleurs, c’est que ces résultats permettent de tordre le cou à un canard : la primogéniture masculine, c’est révolu !», soulignent les auteurs. «En effet, nos analyses indiquent très clairement que ce principe ne s’applique plus de manière aussi automatique. Désormais, ils ne sont plus que 4% à écarter d’office l’éventualité de céder leur entreprise à une fille, simplement parce qu’elle n’est pas un garçon !!!»

Un chemin passionnant mais parsemé d’embûches

Second volet de l’étude, l’analyse qualitative se penche sur le cas de 9 entreprises familiales au sein desquelles une ou plusieurs femmes ont eu, ont – ou sont pressenties pour avoir – un rôle important. L’objectif est de mettre en évidence les principaux obstacles qu’elles rencontrent, les apports à l’entreprise, les avantages qu’elles en retirent ainsi que les motivations et les formes d’engagement de ces femmes au sein de l’entreprise familiale. Parmi les obstacles, cinq catégories ont été distinguées : le caractère technique ou «masculin» de certains métiers ; l’équilibre entre la vie privée/familiale et la vie professionnelle ; la relation «mère-fille» ; le rôle traditionnellement attribué aux femmes et les stéréotypes spécifiques à l’ancienne génération. En ce qui concerne les apports, les femmes affirment avoir une manière différente de travailler : elles affichent une grande capacité d’écoute, favorisent le dialogue, accordent davantage d’importance aux aspects humains, sont plus rigoureuses. Autant de caractéristiques que l’on retrouve déjà dans la littérature. Pour les avantages dont peuvent profiter les femmes au sein de l’entreprise familiale, les répondants ont mentionné par ordre d’importance une plus grande flexibilité, davantage de responsabilités, de pouvoir et d’autonomie, les valeurs partagées au sein de l’entreprise familiale et de sa culture qui donnent plus de sens à leur travail, une certaine légitimité aux yeux des travailleurs. Les motivations des femmes à rejoindre l’entreprise familiale peuvent être soit positives (telles que l’envie de relever un défi, le pouvoir de décision, l’autonomie, etc.), soit négatives (principalement par manque de meilleures possibilités).

Enfin, concernant l’engagement des femmes dans l’entreprise familiale, celles-ci expriment parfois un attachement affectif à la symbolique que représente l’entreprise familiale, même si la forme d’engagement la plus couramment citée demeure une « obligation morale» de rester dans l’entreprise familiale. Quel que soit leur engagement, les femmes qui ont emprunté le chemin de l’entreprise familiale seront confrontées à franchir des obstacles et à relever des défis en tant que femmes même si aujourd’hui et de plus en plus, elles sont considérées comme des entrepreneurs à part entière. Au même titre que les hommes.

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