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Le vrai visage de la « nouvelle » économie
24/01/2012

Vient ensuite la partie consacrée à la France. Ici aussi, le capitalisme se révèle familial, concentré autour de « grands » noms de l’industrie nationale. Avec des patrons de presse comme Pinault (Le Point), Bolloré (Havas, presse gratuite), Bouygues (TF1, Métro), Rothschild (Libération)… Geoffrey Geuens note par ailleurs que la grande majorité de ces dirigeants sont nationaux. Surtout dans les sociétés de taille moyenne, plus « fermées aux personnalités étrangères ». Un peu moins au sein des conglomérats. Mais les responsables étrangers présents dans ces groupes sont majoritairement issus d’États avec lesquels la France entretient d’étroites relations économiques ou diplomatiques (Belgique, Allemagne, Italie…)

Surtout, la plupart des entreprises médiatiques sont également actives dans d’autres secteurs. L’armement pour Dassault, la construction pour Bouygues, le luxe pour Arnault… Et si tous ces noms évoquent certainement quelque chose au lecteur, c’est sans doute à cause des nombreuses polémiques survenues suite à l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Élysée. Souvenez-vous de ce dîner au Fouquet’s, le soir de la victoire, où tous les dirigeants de presse avaient été conviés autour de la table, ou encore de cette présidence entamée par le nouveau président sur le yacht de son ami Vincent Bolloré…

Le faux libéralisme des entreprises américaines

Enfin, pour le quatrième chapitre, direction les États-Unis. Pays devenu le plus grand symbole de cette révolution numérique, l’étendard du néolibéralisme. L’auteur dresse un premier constat : les structures de détention américaines sont plus dispersées qu’en Europe. Point (ou très peu) de capitalisme familial, mais un pouvoir concentré entre les mains de quelques géants industriels (General Electric, copropriétaire de NBC Universal, ou encore Time Warner, propriétaire entre autres de Warner Bros. et du Time Magazine).  Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les administrateurs de sociétés ne sont pas dispersés partout sur le globe, mais sont à 90% des résidents. illus vieilles élitesQuant aux 10% restants, ils sont (comme en France) originaires de pays voisins ou proches stratégiquement (Canada, Mexique, Angleterre essentiellement). Aussi, l’analyse des différents conseils d’administration démontre d’importants liens avec les secteurs de la finance (Goldman Sachs, American Express…), de l’agroalimentaire (Coca, Pepsi) et de la pharmacochimie (Pfizer, Merck).

Bref, l’enquête menée dans ces trois pays dresse un portrait bien différent de celui qui domine habituellement les pensées. « Les multinationales de la communication n’existent pas, conclut Geoffrey Geuens. La dérégulation des économies n’a pas, en effet, débouché sur la transnationalisation des capitaux. » Les liens avec le politique restent toujours forts et prégnants. Les administrateurs sont, pour la grande majorité, originaires du pays de la firme qu’ils dirigent. En d’autres termes, le triptyque de la mondialisation (désétatisation, dérégulation, déterritorialisation) reste plus que jamais une vue d’esprit.

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