Mai 2012/214

Sur les traces du Paléolithique eurasiatique

MongolieOn sait que les scientifiques liégeois ont joué un rôle essentiel dans l’essor de l’anthropologie préhistorique. Il suffit de penser à cet égard à Philippe-Charles Schmerling (1791-1836) qui, en exhumant deux crânes humains dans une des grottes d’Engis fin 1829 ou début 1830, fut l’un des pionniers de la recherche paléontologique en milieu karstique : l’homme fossile était ainsi découvert. Si aujourd’hui le Pr Marcel Otte poursuit un programme de recherche similaire, visant à la mise en valeur des sites de Wallonie – dont la grotte Scladina à Sclayn (Andenne) –, c’est néanmoins en arpentant des aires géographiques plus lointaines qu’il s’emploie avant tout à étudier les échanges culturels des populations du Paléolithique supérieur (entre - 35 000 et - 9000).

Peuples nomades de Sibérie

A cette fin, il s’est rendu plusieurs fois en Asie centrale, jusqu’à la limite de l’océan Pacifique même. Durant son dernier séjour au sud-est de la Sibérie, vaste contrée au climat froid et ensoleillé, où prévaut la toundra, il s’est attelé – en compagnie de collègues russes – à confronter les observations des archéologues à celles des ethnographes. Car, fait-il remarquer, « les peuples qui vivent actuellement dans ces vastes zones d’Eurasie ont des modes de vie comparables à ceux des hommes d’avant le Néolithique. N’étant pas passés au stade d’une économie de production, autrement dit à l’agriculture et à une sédentarisation totale, ils nous permettent de mieux comprendre les conditions d’existence des peuples européens et ainsi de plonger dans les racines profondes de l’humanité ».

Vivre un temps chez les Evènes et les Yakoutes de la République Sakha est, dans cette perspective, particulièrement éclairant. « Les membres de ces ethnies sont restés nomades et prédateurs, poursuit Marcel Otte, ce qui ne les empêche pas de monter les chevaux pendant la bonne saison (de juin à octobre), mais ils le font à cru, sans les domestiquer ; ne disposant en général pas de fourrage sur leur campement, ils n’hésitent pas au bout d’un moment à les libérer. Quant aux rennes, montés au cours de l’hiver (de novembre à mai), ils sont conduits vers les pâturages et constituent une base de nourriture appréciable. Ces deux catégories d’animaux sont considérées comme “migratrices” et s’opposent à la vache, espèce sédentaire par excellence. Leur mythologie reflète cette hiérarchie des espèces. »

Longue distance

Fruit d’une observation scientifique menée sur le terrain, ces aspects ainsi que d’autres connexes relatifs au Paléolithique supérieur seront traités – les 29, 30 et 31 mai prochains – dans le cadre du colloque organisé à l’université de Liège par l’Union internationale des sciences pré- et protohistoriques (UISPP). Répondant au nom de “Modes de contacts et de déplacements au Paléolithique eurasiatique”, il montrera notamment, selon les propres termes de son président Marcel Otte, que « les populations se déplaçaient à l’époque sur des milliers de kilomètres, comme l’attestent les données archéologiques et leurs entités culturelles ». Bien avant l’explosion récente des moyens de communication et les temps historiques proprement dits, il a donc existé des réseaux d’extension à longue distance, à l’inverse de la fragmentation territoriale du Néolithique, donc des conflits perpétuels qu’il a engendrés.

Henri Deleersnijder

Colloque “Modes de contacts et de déplacements au Paléolithique eurasiatique”

Les 29, 30 et 31 mai, dans la salle du Théâtre universitaire de l’ULg, place du 20-Août 7, 4000 Liège.

Contacts : tél. 04.366.54.67, courriel prehist@ulg.ac.be

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